Pfizer et à Biontech doivent mettre fin aux inégalités en matière de vaccins et augmenter leur production dans les pays à faibles revenus. Une action a été lancée par Amnesty et des activistes, à Londres, le 9 novembre 2021.© AI
Pfizer et à Biontech doivent mettre fin aux inégalités en matière de vaccins et augmenter leur production dans les pays à faibles revenus. Une action a été lancée par Amnesty et des activistes, à Londres, le 9 novembre 2021. © AI

COVID-19 Pfizer fait passer le profit avant la distribution équitable des vaccins

Communiqué de presse du 11 novembre 2021. Londres/Berne. Contact du service de presse
Les déclarations du géant pharmaceutique Pfizer au sujet de son engagement en matière d’équité vaccinale sont trompeuses. Alors que l'entreprise continue à fournir la plupart de ses doses de vaccin aux pays riches, son engagement en faveur de l'équité en matière de vaccins et du partage des connaissances s'avère être un exercice de relations publiques. C'est ce qui ressort d'un nouveau rapport d'Amnesty International.

« Nous sommes toujours plongés dans une crise sanitaire mondiale et des droits humains sans précédent et tous les pays du globe doivent avoir accès aux vaccins dès que possible », a déclaré Patrick Wilcken, responsable du programme Entreprises, sécurité et droits humains d’Amnesty International. « Pfizer affirme s’être engagé à fournir des doses aux pays à revenu faible et intermédiaire, mais les chiffres racontent une autre histoire. Le fait est que l’entreprise continue de privilégier les profits. »

Seulement 15 millions de doses pour les pays les plus pauvres

Les dirigeant·e·s de Pfizer clament haut et fort que d’ici la fin de l’année, la multinationale basée aux États-Unis aura fourni au moins un milliard de doses aux « nations à revenu faible et intermédiaire ». Pourtant, le discours est trompeur. La Banque mondiale répartit les économies du monde en quatre groupes à des fins d’analyses : faible revenu, revenu intermédiaire de la tranche inférieure, revenu intermédiaire de la tranche supérieure et revenu élevé.

« Pfizer affirme s’être engagé à fournir des doses aux pays à revenu faible et intermédiaire, mais les chiffres racontent une autre histoire. Le fait est que l’entreprise continue de privilégier les profits. »Patrick Wilcken, responsable du programme Entreprises, sécurité et droits humains d’Amnesty International

Or, dans ces déclarations, Pfizer amalgame les pays à revenu faible, intermédiaire de la tranche inférieure et intermédiaire de la tranche supérieure – soit plus de 84 % de la population mondiale – en un seul groupe et les désigne sous le terme nations « à revenu faible et intermédiaire ». Dans cette catégorie très large, la majeure partie des doses du vaccin Pfizer ont en fait atterri dans les pays à revenu « intermédiaire de la tranche supérieure » comme la Malaisie, le Mexique et la Thaïlande.

Selon Pfizer, à la fin du mois de septembre, l’entreprise avait expédié au total deux milliards de doses. Dans une lettre adressée à Amnesty International en novembre, elle a reconnu que sur ces deux milliards, 154 millions de doses seulement – moins de 8 % du total – avaient atteint 42 pays à revenu faible et à revenu intermédiaire inférieur. Elle a indiqué avoir distribué moins de 10 % de ces doses (soit 15,4 millions) à des pays à faible revenu. « Ces entreprises peuvent tenter de manipuler les faits, mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : elles continuent d’expédier la majeure partie de leurs doses dans les régions riches du globe », a déclaré Patrick Wilcken.

Partage de connaissances : chacun pour soi

Les allégations de Pfizer qui s’est « engagé à partager » ses outils et connaissances scientifiques offrent un contraste saisissant avec le refus de l’entreprise de rejoindre le Groupement d’accès aux technologies contre le COVID-19 (C-TAP), mis en œuvre pour regrouper les données et les connaissances, et de participer au centre de transfert technologique pour les vaccins à ARNm de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en Afrique du Sud, ce qui retarde fortement le développement de sites de production en Afrique.

Pfizer assure que les coûts de développement et de fabrication liés au vaccin sont entièrement autofinancés. Mais l’entreprise a bénéficié de précommandes des pays parmi les plus riches et d’un financement public important perçu par son partenaire allemand BioNTech.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 4,4 % seulement des habitant·e·s du continent sont pleinement vaccinés et la population a donc grand besoin d’avoir accès aux vaccins. Pfizer fait activement pression contre la dérogation à l’Accord sur les ADPIC (Aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui permettrait de libérer provisoirement les droits de la propriété intellectuelle et ainsi d’étendre la capacité de production de vaccins anti-COVID-19 dans le monde.

Par ailleurs, alors que Pfizer assure que les coûts de développement et de fabrication liés au vaccin anti-COVID-19 sont entièrement autofinancés, l’entreprise a bénéficié de précommandes des pays parmi les plus riches de la planète et d’un financement public important perçu par son partenaire allemand BioNTech.

Pfizer n’est pas seule à faire preuve de tels manquements. Les autres fabricants de vaccins contre le COVID-19 européens et américains, BioNTech, Moderna, Johnson & Johnson et AstraZeneca, bloquent tous le partage de technologie et font du lobbying contre la dérogation à l’Accord sur les ADPIC.

Des centaines de milliers de vies en jeu

Les laboratoires pharmaceutiques doivent allouer 50 % des vaccins entre le 21 septembre et le 31 décembre 2021 à des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur,

Amnesty International soutient l’objectif de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui vise à vacciner 40 % des habitant·e·s des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur d’ici fin 2021, dans le cadre de sa campagne 100 jours pour rattraper le retard : deux milliards de doses maintenant !, qui engage les États et les entreprises pharmaceutiques à agir d’urgence pour atteindre cet objectif vital.

Pour y parvenir, les laboratoires pharmaceutiques doivent allouer 50 % des vaccins qu’ils produisent entre le 21 septembre et le 31 décembre 2021 à des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur, les États doivent redistribuer les centaines de millions de doses en surplus dont ils disposent dans leurs stocks et les États et les laboratoires pharmaceutiques doivent augmenter la production mondiale de vaccins anti-COVID en partageant connaissances et technologie.

Durant le mois de novembre, Amnesty International organisera des manifestations devant les bureaux des laboratoires pharmaceutiques à travers le monde, dont Pfizer, appelant l’entreprise à cesser de bloquer l’accès aux vaccins, à partager et à sauver des vies. Le 30 novembre à Genève, aura lieu une journée de mobilisation à l’occasion de la séance ministérielle de l’OMC qui doit statuer sur une levée de la propriété intellectuelle sur les vaccins contre le Covid-19.

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