République tchèque - Grèce - Croatie Les enfants roms discriminés à l'école

19 novembre 2010
Amnesty International appelle les gouvernements d’Europe à mettre fin à la ségrégation et aux inégalités subies dans l’éducation par les enfants roms.

Amnesty International constate avec inquiétude et déception que les gouvernements de la République tchèque, de la Croatie et de la Grèce, dont les pratiques éducatives discriminatoires ont été identifiées par la Cour européenne des droits de l’homme, n’ont pas encore adopté de mesures efficaces pour y remédier.

Au cours de la semaine débutant le 29 novembre, le Comité des ministres du Conseil de l’Europe examinera les progrès réalisés par les gouvernements croate, tchèque et grec dans la mise en œuvre d’arrêts rendus respectivement à leur encontre par la Cour européenne des droits de l’homme, dont chacun a abouti à la conclusion que l’État en question bafouait le droit des enfants roms à l’éducation sans discrimination. Ces jugements sont importants non seulement pour ces trois pays, mais également pour les autres gouvernements d’Europe qui tolèrent et acceptent des mesures discriminatoires dans l’éducation des enfants roms.

En classe spéciales «handicaps mentaux légers»

En novembre 2007, la Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l’homme a estimé que le placement d’enfants roms dans des écoles spéciales destinées aux élèves présentant des «handicaps mentaux légers» en raison de leur origine ethnique constituait une violation de l’obligation incombant au gouvernement d’assurer l’accès de ces enfants à l’éducation sans discrimination. Elle a rappelé au gouvernement tchèque qu’il était tenu, au titre de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, de mettre fin à cette pratique et de réparer ses conséquences dans la mesure du possible.

Amnesty International est vivement préoccupée par le fait que, trois ans après cet arrêt, des milliers d’enfants roms continuent de recevoir une éducation au rabais dans des établissements pour les élèves atteints de «handicaps mentaux légers». Beaucoup d’autres sont en outre relégués dans des écoles classiques accueillant uniquement des enfants roms, qui proposent également un enseignement de moins bonne qualité que celui fourni dans les écoles principalement fréquentées par des élèves issus de la population majoritaire.

Des enfants privés d'éducation

Quelques mois seulement après son arrêt concernant la République tchèque, la Cour européenne des droits de l’homme en a rendu un autre à l’encontre de la Grèce, dans lequel elle a estimé que les autorités de ce pays avaient violé le droit à l’éducation sans discrimination des enfants roms du camp de Psari dans la région de l’Attique. Elle est parvenue à cette conclusion parce que les autorités n’avaient pas scolarisé les enfants des requérants à l’école élémentaire locale pour l’année scolaire 2004-2005 et que ceux-ci avaient par la suite été placés dans une «annexe» constituée de bâtiments préfabriqués, située à cinq kilomètres de l’école élémentaire et fréquentée uniquement pas des enfants roms. Le Centre européen pour les droits des Roms et Minority Rights Group révèlent qu’aucun effort réel n’a depuis été fourni pour garantir une éducation pleinement intégrée aux enfants roms.

La Croatie est également concernée. La Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l’homme a estimé que le placement, en 2002, de 14 enfants roms dans des classes séparées prétendument en raison de leur connaissance insuffisante de la langue croate s’apparentait à une discrimination liée à l’origine ethnique. Une fois placés dans ces classes, les enfants roms ne bénéficiaient d’aucune mesure visant à remédier à leur manque présumé de connaissance de la langue croate. Le programme suivi dans les classes uniquement fréquentées par des Roms était considérablement réduit et contenait 30 % de contenu en moins par rapport à celui enseigné dans les classes ordinaires. En juin 2010, le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe a signalé que la «ségrégation de facto» des élèves roms persistait dans certaines écoles de Croatie.

Amnesty International appelle ces États et les autres États d’Europe à mettre fin aux pratiques discriminatoires qui entraînent la ségrégation des enfants roms, pris au piège dans un système éducatif distinct et inégal. Il faut prendre sans tarder des mesures pour que les enfants roms soient totalement inclus dans les écoles ordinaires intégrées.