Discrimination Roms: exclus depuis des siècles

octobre 2010
Les Roms, l’une des plus importantes et anciennes minorités d’Europe, sont le groupe le plus fréquemment en proie à la discrimination et l’exclusion systématiques. Les différents gouvernements ne protègent qu’insuffisamment leurs droits, ne leur permettent souvent pas l’accès à une bonne éducation ou les expulsent par la force.

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La population rom dans les pays de l’Union européenne est estimée à environ 10 à 12 millions de personnes. Les gouvernements européens ne protègent qu’insuffisamment les droits civils et politiques ainsi que les droits économiques, sociaux et culturels des Roms, se faisant ainsi coresponsables de la discrimination largement répandue et en majorité approuvée. La violation de leurs droits subie par les Roms est notoire et concerne des droits fondamentaux tels que l’éducation, des conditions de logement convenables, la santé et l’emploi. Les conséquences de siècles de discrimination se traduisent par une exclusion sociale profondément enracinée de millions de Roms en Europe, et leur enfermement dans le cercle vicieux de la pauvreté et de la marginalisation.

Bien que l’UE, le Conseil de l’Europe et l’Organisation pour la sécurité et la collaboration en Europe (OSCE) aient fait quelques efforts, ils ne sont pas parvenus à donner une réponse politique adéquate aux graves atteintes aux droits humains des Roms pratiquées par les Etats membres.

Amnesty International s’engage depuis des années pour les droits humains des Roms. Sur la base d’études concernant l’accès à l’éducation, les conditions de logement, l’emploi, la double discrimination des femmes, des actions sont menées dans le cadre d’une campagne européenne contre la discrimination. L’objectif est d’attirer l’attention de l’opinion publique sur les violations des droits humains des Roms et de faire pression sur les gouvernements pour qu’ils garantissent enfin aux Roms l’égalité d’accès à leurs droits de même que leur protection.

Le droit à l’éducation

Les enfants roms n’ont pas droit à une scolarisation exempte de discrimination et d’exclusion. Sans ce droit, l’accès aux autres droits humains leur est refusé, tels que par exemple le droit à la santé et à l’emploi, à la liberté d’expression ou à la participation politique. En raison du racisme, de la discrimination et de l’incapacité des gouvernements européens à garantir à tous les mêmes droits d’accès à la formation scolaire, ils restent enfermés dans le cercle vicieux de la pauvreté et de la marginalisation. Plus d'informations sur les pratiques discriminatoires des enfants Roms.

Le 25 septembre 2014 la Commission européenne a annoncé qu’elle allait ouvrir une procédure d’infraction à l’égard de la République tchèque pour sa politique de ségrégation scolaire à l’égard des enfants roms. Amnesty salue cette décision qui fait suite à la remise d’une pétition en juin 2013.

Expulsions forcées

En Europe, les Roms font régulièrement l’objet d’expulsions forcées. Ces dernières années, Amnesty International  et des ONG implantées en Bulgarie, en Grèce, en Italie, en Roumanie et en Serbie, ont relevé de nombreux cas d’expulsions forcées de communautés roms dans ces pays.

Les expulsions forcées sont brutales, humiliantes et contraires au droit international. Elles ne sont que trop souvent pratiquées en Europe et touchent toujours les plus vulnérables. Les Roms sont une cible facile: pauvres, socialement exclus et en butte à l’hostilité de la majorité de la population, les gouvernements peuvent se permettre de les expulser par la force sans considération de leurs droits humains.

Les conséquences des expulsions forcées sont catastrophiques. Les personnes qui les subissent sont souvent dépossédées de leurs biens, coupées de leur réseau social et privées d’accès à l’emploi et à des services publics tels que l’école et les soins médicaux. Elles peuvent se retrouver sans abri ou dans une situation encore plus précaire qu’auparavant.

Les Roms sont souvent privés de l’égalité d’accès à un logement convenable, à l’eau et aux installations sanitaires. La discrimination générale à leur endroit fait d’eux une cible facile pour les expulsions forcées. À cause de leur discrimination sur le marché de l’emploi, ils éprouvent des difficultés pour louer des logements. Leur exclusion de facto des programmes de logements sociaux ne leur laisse d’autre choix que de trouver à se loger où ils peuvent – souvent dans des campements informels. Ce qui les expose aux expulsions forcées et à d’autres atteintes aux droits humains.

Le droit international stipule que les expulsions forcées ne peuvent être pratiquées qu’en dernier recours, et uniquement, après que toutes les autres solutions réalisables ont été examinées, qu’une véritable consultation ait été menée auprès des communes concernées. Amnesty International exhorte les pays européens à respecter les directives internationales obligatoires et à ne pas procéder à des expulsions forcées. En l’absence d’une alternative, un plan durable de relogement et de dédommagement des personnes concernées doit être proposé et les droits humains des habitant.e.s, en particulier le droit à un logement adapté, doit être respecté en tout temps.

Ce que fait Amnesty International

Amnesty International lance un dispositif international pour tenter d’empêcher les expulsions forcées, en partenariat avec des ONG locales dans plusieurs pays (comme l'Italie ou la Serbie). Plus d'infos