Suisse La violence domestique n’est plus une «affaire de femmes»

A l’occasion de la clôture de sa campagne contre la violence domestique, Amnesty International fait le bilan des huit mois passés avec son mobile home sur les routes suisses, sillonnant onze cantons suisses et 43 localités. Un bilan positif: la violence domestique n’est plus une «affaire de femmes» et d’organisations féminines. La lutte contre cette violation quotidienne des droits humains est devenue l’affaire des autorités et l’affaire des hommes.

Onze cantons, 43 localités, 16 écoles dont des centres professionnels, des rapports approfondis sur six cantons : la tournée d’Amnesty International a permis de faire descendre le thème de la violence domestique dans la rue. L’organisation a voulu toucher les hommes parmi le grand public : une tâche pas toujours évidente, tant les hommes craignent de passer pour des «bourreaux». «La plupart des jeunes savent généralement ce qu’est la violence domestique», constate Stella Jegher, coordinatrice de la campagne, après de nombreux entretiens dans les écoles et dans la rue. «Mais ils n’en parlent pas, "parce qu’ils ont honte", comme ils nous l’ont souvent répété.» Mais plusieurs milliers de jeunes ont été sensibilisés au problème et environ 700 hommes ont signé un engagement contre la violence. Ce qui marque le début d’un processus de sensibilisation, dont Amnesty International revendique qu’il soit poursuivi dans toute la Suisse.

«Celui qui frappe sa femme est un lâche», a écrit quelqu’un dans le livre de la tournée. Pour la clôture de sa campagne, aujourd’hui à Berne, Amnesty International a aussi demandé aux hommes connus de s’engager par une citation contre la violence domestique. Une vingtaine d’hommes ont accepté de s’engager publiquement, par exemple Christophe Darbellay, président du PDC Suisse, qui déclare : «Combattre la violence domestique, c’est refuser le diktat de l’une des pires barbaries contemporaines.» Ou encore Stephan Baer, président du Conseil d’administration de Baer SA: «La violence domestique n’est pas une question privée, mais un délit, sur lequel personne ne doit fermer les yeux.» L’engagement d’hommes connus peut donner un signal fort aux milliers d’anonymes qui n’osent pas afficher leur refus de la violence.

Durant sa tournée, Amnesty International a également ciblé les autorités cantonales en leur soumettant toute une série de revendications basées sur les normes internationales de droits humains, en fonction de la situation dans leur canton. Les revendications concernaient la législation, la protection des migrantes, le travail avec les auteurs de violence et la mise à disposition de ressources suffisantes. Des revendications qui ont porté leurs fruits : dans le canton de Schwyz, un postulat parlementaire datant du 18 août souligne la nécessité de mesures ancrées dans la loi. Dans le canton du Jura, un article de loi est en préparation et le poste d’aide aux victimes a été augmenté. Au Tessin, les services spécialisés ont convoqué un colloque qui devrait être le point de départ pour la création d’un réseau de collaboration entre services publics et privés. Même dans le canton du Valais, qui peine pourtant à prendre des mesures contre la violence domestique, des parlementaires ont à nouveau repris cette revendication après le passage du mobile home et la pétition d’Amnesty signée par plus de 2200 personnes. «Les principaux problèmes demeurent toutefois l’attribution de ressources suffisantes et la protection des migrantes», relève Stella Jegher. Ainsi, par exemple au Tessin, certaines autorités n’étaient pas au courant de leur marge de manœuvre pour prolonger l’autorisation de séjour de migrantes victimes de violence domestique.

Le bilan de cette tournée, tant au niveau du public touché que des résultats obtenus, est donc largement positif. Amnesty International continuera à surveiller l’évolution des législations et leur application. Elle demande aussi aux responsables de l’éducation dans toute la Suisse d’aborder cette thématique en classe. Et aux hommes de continuer à «frapper fort» contre la violence domestique. Comme le dit le conseiller d’Etat zougois Hanspeter Uster: «La violence domestique a longtemps été un tabou dans la communication. Elle doit maintenant devenir un tabou dans la réalité – pour tous les hommes!»

Communiqué de presse publié le 27 octobre 2006, Berne / Lausanne.
Contact du service de presse