Commerce des armes «Les femmes ne connaissent pas la paix»

27 février 2013
De nombreuses informations ont été rassemblées qui démontrent que les femmes et les jeunes filles sont prises pour cibles durant les conflits armés; en revanche, on sait moins qu’une fois les hostilités terminées, la guerre non déclarée contre les femmes peut se prolonger des années durant. Par  Widney Brown, directrice générale chargée du droit international et de la stratégie politique à Amnesty International.

Comme le disait une militante bosniaque des droits des femmes sur les horreurs perpétrées durant la guerre civile, au début des années 1990 : «Les femmes ne connaissent pas la paix.» Cette déclaration toute simple a éclairé la vérité qu’ils peinaient à saisir : pour les femmes en particulier, l’accord de paix n’avait pas amené la paix. Même si officiellement les combats ont cessé, la prolifération des armes, la culture de la violence et la réduction des femmes à la condition d'objets continuent de semer le chaos.

Les graves violations des droits humains contre les femmes et les hommes, que ce soit ou non en situation de conflit, sont déjà prohibées d'un point de vue juridique. Par exemple, les Conventions de Genève et les Protocoles interdisent des crimes de guerre précis, et les auteurs présumés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité peuvent être traduits en justice en vertu du Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Le droit international relatif aux droits humains interdit également des violations spécifiques, et il incombe aux gouvernements de prendre des mesures afin de mettre un terme à la violence contre les femmes, quels qu’en soient les auteurs.

Le commerce des armes, un phénomène dévastateur

Le 18 mars 2013, à New York, s’ouvriront les négociations finales sur un traité réglementant le commerce des armes. Le monde a cruellement besoin que l’accord final garantisse qu’aucun pays ni marchand d’armes ne vendra des armes, des munitions ou des équipements connexes à des gouvernements, des entreprises ou des groupes armés lorsqu’il existe un risque substantiel que ces armes et ces munitions – allant de Kalachnikov à des bombardiers – soient utilisées pour commettre des atrocités ou de violentes atteintes aux droits humains.

Les armes et les munitions sont fournies à des gouvernements, des entreprises et des groupes armés qui les mettent souvent entre les mains d’utilisateurs qui terrorisent les populations en prenant pour cibles les civils : des hommes, des femmes et des enfants. Prendre des civils pour cibles lors d’un conflit armé est un acte intentionnel qui constitue un crime de guerre au regard du droit international. Il peut s’agir d’une tactique voire d’une stratégie mise en œuvre par des forces gouvernementales ou des groupes armés, et les femmes sont souvent la proie d’auteurs d’atteintes aux droits humains, de bandes criminelles et de personnes qui brandissent des armes fabriquées à l’étranger.

Il est admis depuis bien longtemps qu’il est possible de juguler ces crimes en supprimant les outils dont se servent les responsables pour les commettre ou les faciliter. Un Traité sur le commerce des armes mondial, fort et efficace serait un grand pas en avant pour y parvenir. Dans le monde entier, les femmes ont besoin de savoir que les gouvernements ne feront pas passer les profits avant la sécurité humaine, en permettant que des armes atterrissent dans les mains de personnes qui les utiliseraient pour perpétrer des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, des crimes de génocide ou d’autres violations graves des droits humains.

Cela semble si simple. Cela semble si juste. Pourtant, bien trop souvent, l’argent prend le pas sur les engagements des gouvernements à respecter le droit international humanitaire et relatif aux droits humains. Comme en attesterait la militante bosniaque citée plus haut, les conséquences durables de cette cupidité s’avèrent dévastatrices, pour les femmes en particulier.