Jordanie Migrantes syriennes victimes de viols et violences sexuelles

Depuis le début du soulèvement de 2011 en Syrie, plus de 100 000 personnes ont trouvé la mort et plus de 2 millions de Syriens ont fui le pays. La plupart des Syriennes réfugiées qu’Amnesty International a interrogées dans les camps de réfugiés dans les pays voisins ont affirmé que la principale raison de leur départ était la crainte des viols et des agressions sexuelles.

La Commission d’enquête internationale indépendante sur la République arabe syrienne a conclu que «les violences sexuelles jouent un rôle éminent dans le conflit, en raison de la crainte qu’elles inspirent, du recours à la menace de viol et des violences commises. Elles se produisent durant des raids, à des postes de contrôle et dans les centres de détention et les prisons partout dans le pays. La menace de viol sert à terroriser et le viol à punir les hommes, les femmes et les enfants considérés liés à l’opposition.»

Après l’exile, les menaces planes toujours

Amnesty International est très préoccupée par le fait que, même après leur départ de Syrie, beaucoup de réfugiées syriennes restent menacées de violences sexuelles et de violences liées au genre dans les camps de réfugiés et les quartiers des pays voisins où elles vivent aujourd'hui.

Des militants des droits des femmes, des travailleurs humanitaires et des réfugiées ont raconté à l'organisation que les femmes et les jeunes filles syriennes étaient parfois la cible de différentes formes de violences sexuelles et liées au genre, comme les agressions et le harcèlement sexuels et les mariages précoces et forcés. Des cas de viols ont aussi été signalés, ainsi qu'une augmentation des violences conjugales.

Amnesty International s'est notamment entretenue avec des femmes et des jeunes filles du camp de Zaatari, en Jordanie – le deuxième plus grand camp de réfugiés au monde, situé dans une zone rude et désertique, qui accueille près de 120 000 réfugiés. Ce camp est administré conjointement par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et le gouvernement jordanien, et l'insécurité y est un grave problème.

Femmes particulièrement touchées

Ces témoignages ont aussi été confirmés par le HCR, qui a dénoncé dans son document intitulé Zaatari Governance Plan, paru en juin 2013, « un cadre de vie marqué par l'insécurité, dans lequel les groupes vulnérables peuvent être confrontés à de graves risques en termes de protection, comme le chantage et l'exploitation et les violences sexuelles, sans pouvoir recourir au système judiciaire jordanien. La culture de l'impunité règne. »

L'insécurité générale dans le camp de Zaatari est aggravée par d'autres difficultés qui touchent tout particulièrement les femmes et les jeunes filles. Ainsi, nombre d'entre elles ont expliqué à Amnesty International que les toilettes collectives n'étaient pas éclairées et qu'elles ne s'y sentaient pas en sécurité, notamment une fois la nuit tombée. Elles craignent en particulier d'y subir des violences ou du harcèlement sexuels, ou d'autres agressions.

La santé des femmes mise en péril

En conséquence, nombreuses sont celles qui évitent d'y aller, en particulier la nuit, ce qui a de graves conséquences sur leur santé. Ainsi, beaucoup se sont plaintes de souffrir d'infections urinaires. Amnesty International s'est entretenue avec trois médecins du camp, qui ont confirmé que ces infections urinaires étaient dues au fait que les femmes se retenaient d'uriner.

Le dernier cas de viol signalé est celui d'une réfugiée syrienne de 14 ans qui, selon les informations parues dans la presse, a été violée par trois hommes syriens en septembre 2013. Une organisation jordanienne qui propose des services psychosociaux aux femmes et aux jeunes filles syriennes dans le camp de Zaatari a indiqué à Amnesty International qu'elle recevait chaque mois, en moyenne, trois à cinq d'entre elles qui se plaignaient d'avoir subi une forme de violence sexuelle ou de violence liée au genre.

Action de lettre – agissez !

Écrivez  au ministre jordanien de l’Intérieur,  Hussein al Majali, et exigez que les femmes et les fillettes puissent accéder en toute sécurité à tous les espaces publics du camp de Zaatari, notamment aux toilettes, de jour comme de nuit.

Modèle de lettre téléchargeable ici