Shackelia Jackson a perdu son frère, injustement tué par la police.  Apparemment, il correspondait à la description d'un suspect qu'ils poursuivaient: il avait des dreadlocks. La police lui a tiré dessus dans son petit restaurant en Jamaïque. Depuis lors, Shackelia réclame justice et lutte contre la violence policière. © Amnesty International/ Ina Strøm
Shackelia Jackson a perdu son frère, injustement tué par la police. Apparemment, il correspondait à la description d'un suspect qu'ils poursuivaient: il avait des dreadlocks. La police lui a tiré dessus dans son petit restaurant en Jamaïque. Depuis lors, Shackelia réclame justice et lutte contre la violence policière. © Amnesty International/ Ina Strøm

Journée internationale des droits des femmes - 8 mars Sept femmes inspirantes qui se mobilisent pour nos droits

8 mars 2018
De la Chine à la Syrie, en passant par le Kenya et l'Égypte, des femmes et des jeunes filles se mobilisent et risquent leurs vies pour défendre ce en quoi elles croient.

Militantes, avocates, sœurs ou étudiantes, ces femmes mettent leurs vies en péril, se battent pour leurs proches et défendent des inconnu·e·s. Aujourd'hui, c'est à leur tour d’être à l’honneur. Faites la connaissance de ces femmes inspirantes qui défendent les droits humains de par le monde…

Découvrez leurs visages en visitant notre galerie.

Shackelia Jackson, Jamaïque

Le chagrin a fait de Shackelia Jackson une militante. Le 20 janvier 2014, le frère de Shackelia, Nakiea Jackson, s’affairait à préparer le déjeuner dans son petit restaurant, lorsque des policiers ont fait irruption et l'ont abattu. Ils recherchaient un suspect de vol avec violence et Nakiea correspondait à la description. Depuis, Shackelia ne cesse de lutter pour que les responsables présumés de cet acte soient traduits en justice, faisant fi des actes d'intimidation et de harcèlement de la police.

«La douleur qui s’est abattue sur notre famille m'a amené à lutter pour que justice soit rendue à mon frère et à toutes les victimes de brutalités policières, raconte Shackelia. Je suis une sœur brisée, qui prend la parole pour que les autres n'oublient pas.»

Shackelia a rejoint les dizaines de familles en Jamaïque qui ont vécu des tragédies analogues et beaucoup ont uni leurs forces pour faire barrage à la violence policière.

«J'ai pris un chemin qui a bouleversé ma vie»Shackelia Jackson

«J'ai pris un chemin qui a bouleversé ma vie, afin de favoriser les changements législatifs et politiques qui garantiront la justice pour toutes et tous et mettront fin à la violence et au terrorisme d'État en Jamaïque – pour sauver des vies. Et malgré les tentatives incessantes des autorités pour me barrer le chemin, je suis toujours aussi déterminée et je refuse de renoncer.

«Si je n’ai rien perdu de ma détermination, c'est parce que j'ai pu m'appuyer sur des soutiens solides. Amnesty International et ses alliés m'ont offert une tribune mondiale pour faire connaître l'histoire d'une injustice. Cette gentillesse m'a rappelé que j'étais brisée, mais pas détruite.»

Wu Rongrong, Chine

Wu Rongrong est connue pour être l'une des «Cinq féministes» – un groupe de femmes arrêtées en 2015 pour avoir planifié une campagne visant à lutter contre le harcèlement sexuel. Leur arrestation, à la veille de la Journée internationale de la femme, avait provoqué un tollé international, auquel se sont jointes des personnalités comme Hillary Clinton. Si les «Cinq féministes» ont été relâchées, elles demeurent sous surveillance.

Noura Ghazi Safadi, Syrie

Pour Noura Ghazi Safadi, défenseure et avocate syrienne des droits humains, militer pour les droits des prisonniers d’opinion est affaire d’amour, de famille et d’espoir. Née à Damas en 1981, Noura est avocate depuis de nombreuses années et travaille surtout sur les droits humains, les détentions et les disparitions. Elle a très tôt été confrontée aux violations des droits humains visant les prisonniers politiques, lorsque son père a été arrêté. Son époux Bassel Khartabil Safadi, cybermilitant arrêté par le gouvernement syrien en 2012, a été exécuté en 2015.

«Depuis que mon mari a été exécuté, [je fais de] chaque cas de prisonnier une affaire personnelle et, à mes yeux, il est de ma responsabilité de me battre en leur nom.»Noura Ghazi Safadi

«Depuis que mon mari a été exécuté, [je fais de] chaque cas de prisonnier une affaire personnelle et, à mes yeux, il est de ma responsabilité de me battre en leur nom. J’ai le sentiment que les femmes sont les mieux placées pour aborder cette question, en raison du rôle clé qu’elles jouent dans la construction de l’avenir de la Syrie. Elles ont démontré qu’elles sont capables de venir à bout de n’importe quel obstacle qui se dresse devant elles, qu’il soit lié à la sécurité, à l’endroit où elles vivent, ou à la vie en général.»

Joy Wathagi, Kenya

Joy Wathagi, responsable jeunesse au sein d’Amnesty à Nairobi, au Kenya, prend la défense d'une adolescente à des milliers de kilomètres de là. Taibeh Abbasi, étudiante de 18 ans, vit en Norvège et rêve de devenir médecin, mais risque d'être expulsée en Afghanistan, pays où elle n'a jamais mis les pieds. Lorsque Joy a entendu que les camarades de Taibeh organisaient des manifestations, elle a souhaité témoigner sa solidarité et a décidé de participer à la campagne #TellNorway («dites à la Norvège») sur les réseaux sociaux afin d'attirer l'attention sur le cas de Taibeh.

«Lorsque j'ai entendu que la Norvège allait expulser des adolescents, cela m’a remplie de tristesse et j’ai voulu faire quelque chose», explique Joy. «Je me suis souvenue de tous les réfugiés qui sont venus dans mon pays, le Kenya. J’ai rencontré des gens venus de Somalie, du Soudan et du Rwanda, et j’ai compris qu’ils méritent de vivre ici au même titre que n’importe quel Kenyan. Je suis allée en classe avec de nombreux réfugiés, j’ai grandi avec eux et ils sont devenus des amis fidèles. Pour moi, ce serait horrible qu’on les fasse repartir.»

Azza Soliman, Égypte

En raison de son travail courageux et désintéressé pour défendre les victimes de torture, de détention arbitraire, de violences domestiques et de viol en Égypte, les autorités égyptiennes considèrent Azza Soliman comme une espionne et une menace pour la sécurité nationale. En décembre 2016, elle a été arrêtée et interrogée. Brièvement détenue, elle a été relâchée, mais doit désormais répondre de plusieurs accusations, notamment d'avoir reçu des fonds étrangers en vue de nuire à l’image de l’Égypte. Azza n’a pas le droit de sortir du territoire, ses avoirs ont été gelés et elle pourrait être condamnée à une peine d’emprisonnement. Pourtant, cette femme incroyable refuse de baisser les bras.

Zhang Leilei*, Chine

La militante Zhang Leilei s'est donné pour mission de lutter contre le harcèlement sexuel en Chine. En 2017, elle a conçu des affiches destinées à être placées dans le métro pour sensibiliser l'opinion publique à cette question, mais les autorités ont refusé qu'elles soient placardées dans le métro. Zhang Leilei a alors décidé de devenir un «panneau d’affichage humain» et de nombreuses femmes à travers le pays lui ont emboîté le pas.

Zhang Leilei a lancé un appel pour dénoncer le harcèlement dans les universités. Moins de deux semaines après, des étudiant·e·s et des ancien·ne·s élèves de quelque 70 universités ont publié leurs lettres ouvertes. Elles ont déjà eu un impact réel – selon des informations émanant de Chine, le ministère de l'Éducation envisage d'établir de nouveaux systèmes afin de prévenir le harcèlement sexuel.

*Zhang LeiLei est un pseudonyme. 

Hortense Lougué, Burkina Faso

Hortense Lougué est sûrement l'une des femmes les plus occupées du Burkina Faso. Ayant grandi dans un pays marqué par l'injustice et l'inégalité, où les filles subissent le mariage forcé et les mutilations génitales féminines (MGF), elle consacre sa vie à mettre fin aux violences fondées sur le genre et développe de multiples projets pour faire progresser l'éducation et les droits humains. Hortense Lougué travaille désormais avec des femmes et des jeunes filles qui ont été contraintes de se marier ou ont subi des MGF, et promeut l'éducation sur les mesures permettant de faire face à ces questions. «Je dirige 10 projets et, avec détermination et persévérance, nous nous efforçons d'améliorer la vie des femmes et des filles au Burkina Faso», déclare Hortense Lougué.

 

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