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Les violences en ligne à l’égard des femmes se multiplient Twitter ne protège pas dûment leurs droits

Communiqué de presse publié le 21 mars 2018, Londres/Genève. Contact du service de presse
Twitter a récemment affirmé «être aux côtés des femmes du monde entier». Pourtant, ces mots sonnent creux, car la plateforme de réseau social multimilliardaire manque à son devoir de protéger les utilisatrices contre les violences et les abus.

Son rapport, intitulé #ToxicTwitter: Violence and abuse against women online, montre que l'entreprise ne respecte pas les droits des femmes, car sa réaction face aux violences et aux atteintes aux droits humains dont elles sont victimes s’avère inadaptée et inefficace. Ce document inclut une série de recommandations concrètes pour faire de Twitter un espace plus sûr pour les femmes.

«de nombreuses femmes se connectant sur Twitter sont la cible de menaces de mort et de viol, d'insultes racistes ou homophobes, en réponse à leurs tweets»Azmina Dhrodia, chercheuse sur les technologies et les droits humains à Amnesty International

«Les femmes ont le droit de vivre sans subir de violences ni de discrimination, en ligne comme hors ligne. Or, en laissant les violences contre les femmes se multiplier, Twitter malmène ce droit. Malgré les promesses répétées d’assainir la plateforme, de nombreuses femmes se connectant sur Twitter sont la cible de menaces de mort et de viol, d'insultes racistes ou homophobes, en réponse à leurs tweets», a déclaré Azmina Dhrodia, chercheuse sur les technologies et les droits humains à Amnesty International. 

«Nos recherches montrent que Twitter ne fournit pas les recours adéquats à celles qui subissent des violences et des atteintes aux droits humains sur sa plateforme. En tant qu'entreprise, elle doit faire bien davantage en matière de respect des droits fondamentaux des femmes.»

Jack Dorsey, son directeur général, a publié un appel ce mois-ci et s'est engagé à ce que l'entreprise rende compte publiquement des démarches visant à «assainir» les échanges sur sa plateforme. Cependant, malgré plusieurs demandes d'Amnesty International, Twitter a refusé de rendre publiques des données importantes sur sa gestion des signalements faisant état de violences et d’abus.

«Twitter doit prendre des mesures concrètes et énergiques.»Azmina Dhrodia

«Nous saluons le fait que Jack Dorsey demande de l'aide et des retours sur cette question, mais tant que Twitter refuse de dévoiler des informations importantes sur sa gestion des violences en ligne à l’égard des femmes, il est difficile de savoir comment résoudre le problème. Twitter doit prendre des mesures concrètes et énergiques, et s'engager au minimum à répondre aux utilisateurs qui signalent des violences», a déclaré Azmina Dhrodia.

Twitter en désaccord avec les conclusions d’Amnesty

Twitter a exprimé son désaccord avec les conclusions d'Amnesty International. Dans une déclaration, l'entreprise a affirmé ne pas pouvoir éradiquer la haine et les préjugés au sein de la société. Elle a expliqué avoir apporté plus de 30 modifications à sa plateforme au cours des 16 derniers mois en vue de renforcer la sécurité et avoir augmenté le nombre de mesures prises contre des tweets violents. Elle a réitéré son refus de partager des données sur sa politique de modération concernant les violences signalées, assurant que ces données «ne sont pas concluantes» parce que «les outils de signalement sont souvent utilisés de manière inappropriée».

Amnesty International reconnaît que le contexte est important lorsqu'il s'agit de partager des données brutes, mais rien n’empêche Twitter de fournir ce contexte. Au titre de ses responsabilités en termes de droits humains, l’entreprise a un devoir de transparence sur sa gestion des violences et des abus signalés.

«Twitter s’efforce de détourner l'attention de ses propres responsabilités en pointant du doigt la question plus générale de la haine et des préjugés qui imprègnent la société. Nous ne lui demandons pas de résoudre tous les problèmes du monde, mais de mettre en place des changements concrets qui démontrent que les violences faites aux femmes n'ont pas leur place sur Twitter», a déclaré Azmina Dhrodia.

Le rapport d’Amnesty International se fonde sur des recherches quantitatives et qualitatives menées au cours des 16 derniers mois. Il s’appuie sur des entretiens menés avec 86 femmes et personnes ne se conformant pas à la notion de genre, dont des personnalités politiques, des journalistes et des utilisatrices lambda, au Royaume-Uni et aux États-Unis, qui se sont heurtées au fait que Twitter ne prend pas au sérieux les violences signalées.

La politique de Twitter en matière de conduite haineuse interdit les violences et le harcèlement à l’égard des femmes, et Twitter a mis en place un système qui permet aux utilisateurs de signaler des comptes ou des tweets qui enfreignent cette politique.

Toutefois, le rapport note que Twitter n'informe pas les utilisateurs sur la manière dont elle interprète et met en œuvre ces politiques, ni sur la formation des modérateurs chargés de réagir aux violences et abus signalés. Le rapport conclut que les violences font l'objet – au mieux – de réponses inadaptées. En conséquence, des contenus abusifs qui enfreignent les règles ne sont pas supprimés.

Les répercussions des violences

Comme toutes les entreprises, Twitter est tenue de respecter les droits humains, notamment le droit de vivre sans subir de discriminations ni de violences, et le droit à la liberté d'expression et d'opinion. Toutefois, les recherches d'Amnesty International montrent que l’incapacité de Twitter à lutter efficacement contre les violences et les abus imputables à ses utilisateurs contribue à faire taire les femmes.

En 2017, Amnesty a interviewé 4000 femmes dans huit pays et constaté que plus des trois quarts (76 %) des femmes ayant déclaré avoir subi des violences ou du harcèlement sur une plateforme de réseau social ont modifié la manière d'utiliser ces plateformes. Elles ont notamment limité ce sur quoi elles postent: 32 % ont cessé de publier du contenu véhiculant leur opinion sur certains sujets.

Amnesty International a recueilli des informations sur le fait que les femmes de couleur, les femmes appartenant à des minorités ethniques ou religieuses, les femmes LGBTI, les personnes n’appartenant à aucun des deux sexes et les femmes souffrant de handicaps, sont la cible de violences supplémentaires et particulières – ce qui risque d’avoir pour effet d'exclure encore davantage des conversations publiques des voix déjà marginalisées.

Vivre une expérience moins toxique

Le rapport met en avant des recommandations concrètes pour faire de Twitter un espace plus sûr et moins toxique pour les femmes, notamment :

  • partager des exemples précis de violences et de harcèlements qui ne seront pas tolérés ;
  • partager des données sur les temps de réaction en cas de signalement de violence, fixer des objectifs et en rendre compte régulièrement ;
  • veiller à ce que les décisions concernant la suppression des contenus soient conformes aux normes internationales relatives aux droits humains.

Twitter devrait s'attacher à autoriser et habiliter les utilisateurs à vivre une expérience plus sûre et moins toxique. Pour cela, il faut mettre sur pied des campagnes de sensibilisation sur les différentes options disponibles en matière de sécurité et de confidentialité.

«Ces derniers mois, nous avons assisté à un regain de solidarité et de militantisme de la part des femmes du monde entier, et Twitter joue sans aucun doute un rôle important dans des mouvements comme #MeToo», a déclaré Azmina Dhrodia.

«Les récentes initiatives de Twitter attestent de sa volonté de faire partie de ce changement, mais les femmes qui ont subi des violences sur la plateforme demeurent sceptiques. Si Twitter ne prend pas de mesures concrètes pour identifier les violences et le harcèlement à l'égard des femmes sur sa plateforme et en rendre compte, elle perd toute crédibilité lorsqu’elle affirme se placer du côté des femmes.»

En Suisse: amener les plates-formes Internet à rendre des comptes

En Suisse aussi, les plates-formes Internet sont poussées à prendre davantage de mesures contre la propagation de la haine en ligne. Une motion du conseiller national Balthasar Glättli (Verts/ZH), par exemple, exige que les grandes plates-formes commerciales Internet aient un domicile de livraison obligatoire en Suisse. Cette mesure vise à faciliter et à accélérer le dépôt de plaintes de celles et ceux qui sont directement touchés par la haine et la calomnie sur Internet.