Paix et sécurité en Afrique Quel bilan pour l’Union Africaine?

3 juin 2013
Il y a 50 ans, l’Union africaine (UA) s’était donné pour mandat de bâtir «une Afrique intégrée, prospère et en paix, dirigée par ses citoyens et constituant une force dynamique sur la scène mondiale». Qu’en est-il aujourd’hui? Tour d’horizon des zones à risques du continent.

La République démocratique du Congo

Le 24 février, 11 États d'Afrique ainsi que l'UA, la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et l'ONU se sont engagés à faire cesser les cycles de violence en République démocratique du Congo. Ces promesses doivent maintenant sans délai être traduites en actes afin de protéger les droits humains. Des groupes armés, notamment les milices locales maï-maï et le FDLR, le FNL et l'ADF/NALU, auraient continué à attaquer la population. Leurs crimes comporteraient des homicides illégaux, des viols, des enlèvements, des incendies et des pillages de biens. Après une trêve de six mois, les combats entre le M23 et l'armée nationale ont repris cette semaine à la périphérie de Goma, occasionnant de nouveaux déplacements de populations.

Les États africains doivent rejoindre la communauté internationale au sens large et faire pression avec elle sur le gouvernement de la RDC afin qu'il s'engage dans une réforme véritable de la sécurité, fasse en sorte que les FARDC soient tenues de rendre des comptes pour les violations des droits humains et du droit humanitaire commises, et mette en place des programmes réels de démobilisation et de réinsertion pour ceux qui quittent les groupes armés.

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Soudan

Au Soudan, les civils des États du Kordofan du Sud et du Nil Bleu continuent à être les premières victimes du conflit qui a éclaté en juin 2011 entre l’armée régulière soudanaise et l’Armée populaire de libération du Soudan-Nord (APLS-N). L'armée soudanaise s'est rendue coupable d'attaques délibérées contre des civils, ainsi que de bombardements aveugles : ces actes pourraient constituer des crimes de guerre. L'APLS-N, de son côté, a arbitrairement arrêté des civils et mis en cause le caractère civil de certains camps de réfugiés au Soudan du Sud, en déviant des approvisionnements en nourriture et en utilisant les camps pour recruter des combattants.

Le fait que le gouvernement du Soudan continue de refuser l'accès de l'aide humanitaire aux deux régions a eu des conséquences dramatiques pour les civils. Plus de 220 000 personnes ont dû se réfugier en Éthiopie et au Soudan du Sud en raison des graves pénuries de nourriture, de médicaments, et d'eau salubre.

Au cours de l'année passée, le gouvernement soudanais a redoublé d'efforts pour réprimer la liberté d'expression, d'association et de réunion. Entre juin et août 2012, le Service national de la sûreté (NSS) a procédé à l'arrestation de centaines de manifestants, militants et membres de la société civile, en réaction à une vague de manifestations en grande partie pacifiques qui avait déferlé sur tout le pays.

La plupart des personnes détenues n'ont pas été inculpées. Elles ont été régulièrement soumises à des traitements s'apparentant à la torture et à des traitements ou châtiments cruels, inhumains ou dégradants. Les femmes détenues ont subi des violences sexuelles, dont des viols et des «tests de virginité». Ces derniers s'apparentent à des viols.

Bien que le président Omar el Béchir ait annoncé le 1er avril 2013 que tous les prisionniers seraient libérés, le NSS continue d'arrêter et de placer régulièrement en détention des personnes sans qu'elles soient inculpées. Plusieurs dizaines sont toujours détenues sans jugement, dont un grand nombre sont originaires des États du Nil Bleu et du Kordofan du Sud.

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Somalie

La transition politique d'août 2012 en Somalie a été une étape importante. Toutefois, les violations des droits humains et du droit international humanitaire continuent à briser des vies dans le sud et le centre de la Somalie. Ces violences sont commises dans le cadre du conflit armé entre les forces gouvernementales, les milices qui leur sont liées, la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM) et le groupe armé islamiste Al Shabab.

Les violences commises contre les civils, en particulier les viols et les pillages, sont monnaie courante et sont liées à la mauvaise discipline au sein des forces gouvernementales. C'est un problème majeur dans les zones où vivent des personnes déplacées. Les conditions dans les camps de personnes déplacées sont très mauvaises et l'on signale régulièrement des violences sexuelles et liées au genre commises contre des femmes et des filles. Les populations dans les camps sont principalement des femmes et des enfants, particulièrement vulnérables aux violations et à l'exploitation. De nombreux viols seraient commis par des membres des forces gouvernementales.

Les déplacements de population se poursuivent et constituent un problème grave. Les populations fuient avant ou pendant les hostilités, mais aussi en raison de leur crainte d'être recrutées ou accusées d'espionnage. La signature en août 2012 d'un plan d'action pour protéger les enfants, Al Shabab et les groupes armés alignés continuent de les recruter comme combatants.

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Côte d’Ivoire

La crise postélectorale de 2007 s'est soldée par près de 3 000 morts. Le pays continue à être le théâtre de graves violations des droits humains commises contre les partisans (réels ou supposés) de l'ancien président Laurent Gbagbo. Les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI, l'armée nationale) et la police militaire sont responsables de nombreuses violations des droits humains. Elles ont notamment arrêté et détenu des personnes en dehors de tout cadre léga,l et souvent uniquement en raison de leurs origines ethniques ou de leurs motivations politiques. Ces actes ont été rendus possibles par la multiplication des lieux de détention non reconnus, où des personnes soupçonnées de tentative de mise en danger de la sécurité de l'État ont été détenues au secret, souvent pendant de longues périodes et dans des conditions inhumaines et dégradantes.

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Mali

Depuis le début de la crise de janvier 2012, de graves exactions et violations des droits humains ont été commises par toutes les parties au conflit. L'armée malienne aurait commis de graves violations des droits humains dans les territoires reconquis, ciblant en particulier les Touaregs, les Arabes et plus généralement les personnes «à la peau claire» soupçonnées d'avoir des liens avec les groupes d'opposition armés.

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République centrafricaine

La Seleka, une coalition de groupes armés, a pris le pouvoir à la faveur d'un coup d'État, le 24 mars 2013. Depuis lors, Amnesty International est profondément préoccupée par les informations faisant état d'atteintes graves et généralisées aux droits humains. Comme dans le passé, ce sont les civils qui sont les principales victimes des atteintes aux droits humains. De très nombreux civils ont été tués, d'autres ont été torturés, des femmes et des filles ont été violées, des enfants ont de nouveau été enrôlés comme soldats, et des dizaines de milliers de civils ont été déplacés. L'organisation s'inquiète en outre de ce que non seulement les nouvelles autorités semblent n'avoir ni la volonté ni la capacité de prévenir ou empêcher les violations, mais que les principaux auteurs de ces actes semblent être des soldats de la Seleka. D'autres informations ont fait état d'exactions, dont des homicides de civils et des incendies de maisons et d'autres biens civils, perpétrées par des bandits, des nomades armés et des braconniers. Les gouvernements qui se sont succédé en République centrafricaine n'ont pas correctement protégé les civils ni empêché que ces agents non étatiques commettent des exactions.

La situation au regard des droits humains s'est dégradée malgré la présence de plusieurs forces internationales et missions de consolidation de la paix, dont le bureau de liaison de l'Union africaine en République centrafricaine. Le bureau de liaison de l'UA surveille la situation politique en République centrafricaine et apporte sa contribution au processus national de réconciliation. La situation humanitaire et en matière de droits humains en République centrafricaine se trouve à un stade critique. Un prolongement de cette situation dans le temps, voire son éventuelle dégradation, serait intolérable. Déjà des pays voisins sont touchés, dont plusieurs souffrent eux-mêmes d'une grande instabilité et sont le théâtre de conflits armés et des crises pour les droits humains qui en découlent. Amnesty International exhorte fermement l'Union africaine à montrer, à l'occasion de ce 50e anniversaire, qu'elle est déterminée à prendre la tête d'un élan visant à ce que le gouvernement centrafricain prenne des mesures immédiates pour protéger les civils contre les violations des droits humains et mettre en œuvre l'État de droit.

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Amnesty International appelle l’Union africaine à:
  • fournir le personnel et l'aide matérielle nécessaires pour permettre au gouvernement centrafricain de promouvoir et protéger les droits humains, notamment en enquêtant sur les violations des droits humains, en poursuivant les auteurs de ces actes en justice et en accordant des réparations aux victimes;
  • exhorter le gouvernement de la République centrafricaine à respecter, protéger et promouvoir les droits humains, notamment en mettant sur pied une commission chargée d'enquêter sur les violations des droits humains commises récemment;
  • veiller à ce que le bureau de liaison de l'UA en République centrafricaine bénéficie du soutien politique et des ressources nécessaires pour pouvoir collecter et publier des informations sur la situation des droits humains dans le pays, avec des recommandations spécifiques à l'UA concernant la protection et la promotion des droits humains en République centrafricaine.

Lire l'article "L'Union africaine, 50 ans après: il faut réaffirmer la centralité des droits humains"