Survol 2014 2014, annus horribilis pour les droits humains ?

30.12.2014
Ukraine, Ebola, «Etat Islamique», l’année 2014 a surtout été marqué par les crises, les guerres et les conflits. On en a peut-être moins parlé mais il y a tout de même eu quelques bonnes nouvelles sur le front des droits humains: un petit bilan s’impose.

Il faut bien l’admettre, l’année qui se termine n’a pas été des plus agréables. A cours des 12 derniers mois, «l’Etat Islamique» a tué de l’Irak et la Syrie jusqu’aux frontières de l’Europe. Des pluies de missiles se sont encore abattues sur Israël et la Bande de Gaza alors qu’Ebola prélevait son écot de morts en Afrique de l’Ouest. Jamais depuis la deuxième guerre mondiale le nombre de personnes ayant dû fuir la violence, la faim ou la misère n’avait été aussi grand. Vingt-cinq ans après la chute du rideau de fer souffle à nouveau entre l’Est et l’Ouest, le vent de la guerre froide.

Par ces temps difficiles, il est permis à qui s’engage sérieusement en faveur des droits humains, d’exprimer de légers doutes. Pourtant, et bien que 2014 ait été marquée par les crises, les conflits et les catastrophes, quelques dates porteuses de bonnes nouvelles méritent de figurer dans nos rétrospectives. Une liste non exhaustive.

Une chrétienne enceinte échappe à la mort

Son cas avait scandalisé le monde entier. Au Soudan, un tribunal religieux avait condamné à mort Meriam Ibrahim, une femme médecin de 27 ans, enceinte de plusieurs mois, qui avait refusé d’abjurer la religion chrétienne. Elle attendait l’exécution de sa peine avec son fils de 20 mois dans une prison de Khartoum. Des hommes et des femmes du monde entier se sont mobilisés en sa faveur et Amnesty a collecté plus d’un million de signatures dans le monde entier. L’appel a porté ses fruits. En juillet 2014 Meriam Ibrahim a pu quitter son pays. Ce n’est que dans l’avion qui l’emmenait vers les Etats-Unis que la jeune Soudanaise a finalement retrouvé le sourire. Dans ses bras elle tenait Maya, sa petite fille de deux mois, née en prison.

L’Estonie reconnait le partenariat enregistré

Une première mais grande étape a été franchie pour les droits des homosexuels lorsque l’Estonie, en octobre 2014, est devenue la première des républiques de l’ex Union soviétique à reconnaître le partenariat enregistré pour couples du même sexe. Au moment où, dans la Fédération de Russie voisine, les gays et les lesbiennes sont soumis à des pressions toujours plus fortes, la république balte a tenu à envoyer un autre signal. La nouvelle loi doit également permettre aux couples homosexuels d’adopter les enfants de leur partenaire; elle devrait entrer en vigueur en 2016, après que d’autres modifications législatives nécessaires auront été adoptées. Comme on peut se l’imaginer, le vote au Parlement a été serré. L’homosexualité reste un sujet largement tabou en Estonie comme dans toutes les autres républiques de l’ex URSS.

Un seigneur de la guerre congolais condamné à la Haye.

Le crime était déjà très ancien mais les survivants ne l’oublieront jamais. Il y a onze ans, des rebelles pénétraient dans le village de Bogoro dans l’Est de la République démocratique du Congo. Les soudards ont exterminé à la machette plus de deux cent personnes désarmées, parmi lesquelles de nombreux enfants. Aujourd’hui, un des responsables de ce massacre est appelé à rendre des comptes. La Cour pénale internationale de la Haye a condamné en mai 2014 le leader rebelle Romain Katanga à douze ans d’emprisonnement. Son procès a duré quatre ans et demi, plus de 350 victimes ont témoigné contre lui. A l’âge de 36 ans il est aujourd’hui le deuxième accusé à être condamné par la CPI. Amnesty International soutient depuis de nombreuses années le travail de la Cour notamment en mettant à sa disposition les résultats de ses recherches sur les graves violations des droits humains

Un peuple indigène du Paraguay retrouve ses terres ancestrales

C’est une grande victoire pour une petite minorité. Il y a vingt ans que les Indiens Sawhoyamaxa ont été chassés de force de leurs terres ancestrales. Aujourd’hui la petite communauté indigène peut reprendre possession de son bien. Le parlement paraguayen a adopté, en juillet 2014, une loi qui leur restitue près de 14'500 hectares de terres. Le propriétaire actuel est par ailleurs tenu à les dédommager. Les Sawhoyamaxa ont été chassé des terres de leurs aïeuls lorsque le gouvernement a vendu leur sol à un éleveur et propriétaire terrien allemand Heribert Rödel. Depuis, près de 150 familles déplacées vivaient dans des conditions extrêmement précaires dans des cabanes au bord d’une route principale. En 2006 déjà, la Cour Interaméricaine des droits de l’homme avait décidé que le gouvernement paraguayen devait restituer leur terre aux Sawhoyamaxa. La décision s’était à l’époque heurtée à la résistance d’un puissant lobby économique. Par un important travail de plaidoyer, Amnesty International a contribué à ce que finalement les Sawhoyamaxa soient réintégrés dans leurs droits.

Liberté pour un caricaturiste tunisien

Le jugement avait fait des remous partout dans le monde : le jeune Tunisien Jabeur Mesri avait été condamné en 2012 à passer sept ans et demi derrière les barreaux. Son crime: avoir posté sur Facebook une caricature du prophète Mahomet, dans laquelle il apparaissait nu. Amnesty International s’est immédiatement mobilisée contre ce jugement. Des activistes du monde entier ont envoyé des milliers d’e-mails, de fax et de lettres aux autorités tunisiennes, pour demander la libération de Jabeur Mesri. La pression publique a finalement été efficace et le 5 mars dernier, jour anniversaire de ses deux ans de détention, Jabeur Mesri, âgé de 30 ans, a été libéré sur la base d’une grâce accordée par le Président Moncef Marzouki.

Victoire tardive pour le boxeur Japonais Iwao Hakamada

Iwao Hakamada a autrefois été un boxeur professionnel prometteur. Dans le Japon des années 50 le jeune homme élancé attirait du monde dans la catégorie des poids plumes. Aujourd’hui son nom figure dans le Guinness Book des records mais pas pour ses performances sportives. Hakamada vient de passer 45 ans dans le couloir de la mort: un triste record. Accusé d’avoir tué et volé une famille en 1966, il a finalement été définitivement innocenté, à l’âge de 78 ans, par des tests ADN. La procédure ne s’est pas terminée pour autant et a pris une tournure quelque peu étonnante. Un tribunal de district de Shizuoka, au centre du Japon, a décidé, en mars 2014 de la reprendre à zéro. Les enquêteurs avaient, en 1968, falsifié des moyens de preuve essentiels pour amener plus rapidement à la condamnation d’Hakamada. Il a pour sa part quitté sa cellule et retrouvé la liberté le jour même.

Au cours des douze derniers mois, des millions de personnes ont fait front contre l’injustice et ont montré leur solidarité. Dans tous ces cas Amnesty International a contribué à ce que justice soit rendue. L’engagement en faveur des droits humains n’a pas été inutile.

Il ne le sera pas non plus en 2015.

(Adapté de la version originale allemande.)