Christian Lekoya Kpandei montre son champ détruit par une fuite de pétrole de l'entreprise Shell. © Amnesty International
Christian Lekoya Kpandei montre son champ détruit par une fuite de pétrole de l'entreprise Shell. © Amnesty International

Responsabilité des entreprises

Grâce à la mondialisation, les entreprises ont acquis un pouvoir et une influence sans précédents, et des millions de personnes ont trouvé des emplois et réalisé des bénéfices. Cependant, quand les activités des entreprises violent les droits humains et aggravent la pauvreté, il existe rarement des moyens efficaces pour obliger ces sociétés à rendre des comptes ou obtenir des réparations pour les victimes.

Les entreprises exercent une influence considérable sur les droits des personnes et des populations. Cette influence est souvent positive. Par exemple, les entreprises rentables créent des emplois. Elles accroissent les revenus des États, qui peuvent ensuite les utiliser pour financer des services essentiels ou d'autres initiatives.

Mais certaines entreprises menacent ou bafouent les droits humains, soit par manque de prévoyance et de planification, soit par des actions délibérées. De plus, dans la quête de ressources précieuses, certains États, alors qu'ils en ont l'obligation, ne protègent pas les droits des populations vivant sur leur territoire, ou violent directement leurs droits. Les personnes touchées ont peu de recours pour demander réparation, et leurs tentatives d'obtenir justice se heurtent parfois à la corruption, à des intérêts personnels ou à des systèmes judiciaires inefficaces.

Mondialisation: des gagnants et des perdants

Les entreprises ont bénéficié de la mondialisation de l'économie. Avec la déréglementation des échanges commerciaux, l'ouverture des marchés aux investissements étrangers et d'autres libertés économiques défendues par l'Organisation mondiale du commerce, la Banque mondiale et d'autres organisations, le pouvoir et l'influence des entreprises se sont accrus.

Cependant, très peu de règlementations contraignantes ont été mises en place pour que ces entreprises rendent des comptes sur les impacts de leurs opérations. Trop souvent, des atteintes aux droits humains impliquant des entreprises sont perpétrées en toute impunité, les États ne voulant ou ne pouvant pas empêcher et punir de tels actes. La nature transnationale de nombreuses entreprises puissantes et la complexité juridique de leur fonctionnement posent de multiples problèmes quant à l'obligation de rendre des comptes.

Les réglementations nationales faibles ou peu appliquées et l'approche biaisée des entreprises viennent s'ajouter à l'absence de mécanismes internationaux efficaces d'obligation de rendre des comptes et ont des effets dévastateurs dans les pays en développement. Ce sont souvent ceux et celles qui vivent dans la pauvreté qui souffrent des conséquences des mauvaises pratiques et des abus des entreprises.

La malédiction des ressources

Au niveau mondial, nombre des pays les plus pauvres sont aussi les plus riches en ressources naturelles. Douze des pays les plus riches en minerai et six des pays les plus riches en pétrole figurent au classement « des pays pauvres très endettés » établi par la Banque mondiale et sont parmi les plus mauvais pour les conditions de vie, la santé et l'éducation.

De nombreuses entreprises du secteur affirment que l'investissement dans l'extraction des ressources naturelles pourrait contribuer de manière significative à l'allègement de la pauvreté et au développement durable. Cependant, les dizaines d'années d'exploitation des ressources naturelles et les profits énormes qui en ont résulté ont trop souvent alimenté des conflits et des violations des droits humains, augmenté la pauvreté et porté atteinte au développement durable.

Les droits humains bafoués

Les entreprises sont parfois complices, voire directement responsables, de différentes atteintes aux droits humains. Les allégations faisant état de tels agissements sont particulièrement nombreuses dans le secteur des industries extractives, comparé à d'autres secteurs. Cela n'est pas surprenant, étant donné l'impact des ces industries sur les ressources terrestres et hydriques. Il arrive que des villageois soient déplacés de force pour laisser la place aux activités extractives. La pollution ou l'utilisation abusive des ressources en eau peuvent priver d'eau salubre les populations locales. Les opérations sécuritaires musclées pour protéger les sites d'exploitation sont un problème récurrent, qui touche très souvent des pays ou des régions déjà affectées par des conflits.

Femmes : double danger

Pour les femmes, les activités des industries extractives entraînent parfois une véritable exclusion, outre les atteintes aux droits humains. Trop souvent en effet, lorsque des entreprises essaient d'interagir avec les populations, les femmes sont laissées de côté.

Par ailleurs, l'afflux d'une force de travail à dominante masculine dans les petits villages peut entraîner, par exemple, une augmentation des problèmes d'alcoolisme et de toxicomanie, des violences sexuelles, des maladies sexuellement transmissibles et d'autres pathologies, ce qui alourdit considérablement la charge de travail des services de santé et sociaux existants.

Pauvreté et privatisation

Au nom de l'efficacité économique, les États ont privatisé de nombreux services publics, notamment ceux qui étaient indispensables à la réalisation des droits humains tels que le droit à l'éducation, à la santé et à l'eau. Trop souvent, le processus de privatisation n'a pas garanti que ces services soient fournis sans discrimination.

De plus, les États supervisent de moins en moins ces services. La dérèglementation, qui repose sur une autorégulation présumée des fournisseurs de service, a créé un environnement encore plus difficile pour ceux qui étaient déjà marginalisés. Ainsi, certaines populations pauvres vivant dans des bidonvilles payent plus cher une eau insalubre acheminée par des camions que des populations riches une eau propre acheminée directement.

Sans incitations, les entreprises privées sont peu enclines à desservir les populations défavorisées. Quand elles le font, elles ont parfois des pratiques excessivement onéreuses, discriminatoires ou prédatrices envers les membres de ces villages.