Côte d'Ivoire, Trafigura Les millions manquants doivent être remis aux victimes des déchets toxiques

19 août 2011
Le nouveau gouvernement ivoirien doit veiller à ce que les sommes versées en dédommagement par le groupe de courtage pétrolier Trafigura parviennent aux milliers de victimes affectées par le déversement de déchets toxiques en 2006, a déclaré Amnesty International vendredi 19 août 2011 pour le cinquième anniversaire de la catastrophe.

Trafigura a effectué une série de versements dont le montant total cumulé dépassait les 260 millions de dollars, mais on ignore ce qu'est devenue une bonne partie de cet argent et des milliers de victimes n'ont rien perçu.

«Il est inacceptable que tant de personnes affectées par le déversement de déchets toxiques n'aient pas reçu l'indemnisation à laquelle elles ont droit», a déclaré Benedetta Lacey, conseillère spéciale auprès d'Amnesty International sur la responsabilité des entreprises.

«Ces paiements ont fait l'objet de retards répétés et d'un manque de transparence. Le gouvernement du président Ouattara doit agir fermement pour montrer que la corruption et le détournement de fonds ne seront pas tolérés.»

Il y a cinq ans, en 2006, un déversement de déchets toxiques a affecté plus de 100 000 personnes à Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire.

Processus d'indemnisation du gouvernement jamais mené à terme

En février 2007, Trafigura a conclu un accord à l'amiable avec le gouvernement de Côte d'Ivoire, aux termes duquel le groupe a versé 195 millions de dollars à des fins d'indemnisation et pour financer les opérations de dépollution. Le gouvernement a ensuite dressé une liste de plus de 95 000 victimes à indemniser. Le processus d'indemnisation du gouvernement n'a cependant jamais été mené à terme et des questions subsistent sur la part des 195 millions de dollars que les victimes ont réellement perçue.

En avril 2008, Trafigura a effectué un second versement, de 20 millions de dollars cette fois, au gouvernement de Côte d'Ivoire, pour règlement définitif aux termes du protocole d'accord. Ce paiement devait également permettre de régler des frais additionnels liés aux opérations de dépollution.

En septembre 2009, Trafigura a effectué un paiement séparé de 45 millions de dollars, à l'issue d'un accord à l'amiable passé au Royaume-Uni avec près de 30 000 Ivoiriens qui avaient intenté un procès à Trafigura dans le but d'obtenir des dommages et intérêts pour dommages corporels en lien avec le déversement de déchets.

Indemnités détournées

La distribution des indemnités a par la suite été détournée par un groupe prétendant représenter les victimes. Le groupe, autoproclamé Coordination nationale des victimes de déchets toxiques de Côte d'Ivoire (CNVDT-CI), a obtenu de la justice ivoirienne une ordonnance pour que la somme soit versée sur son compte bancaire pour être ensuite distribuée aux plaignants.

À la suite de cette décision judiciaire, le cabinet juridique britannique a déclaré penser qu'il n'avait pas d'autre choix que d'accepter de participer à un processus de distribution conjointement avec la CNVDT-CI.

Le cabinet juridique britannique a indiqué récemment qu'au moins 6 000 de ses clients attendent toujours d'obtenir l'indemnisation que leur doit la CNVDT-CI. Le responsable de la CNVDT-CI semble désormais avoir disparu et rien ne permet de savoir quand le reste du montant de l'indemnisation sera versé aux victimes.

Amnesty International a exprimé à maintes reprises sa vive préoccupation au sujet du rôle de la CNVDT-CI dont les affirmations, selon lesquelles elle représenterait l'ensemble des 30 000 plaignants concernés par l'accord conclu au Royaume-Uni, sont  manifestement infondées.

«Plus de 6 000 personnes n'ont toujours pas reçu ce qui leur est dû, et qui équivaut à un an de salaire, après un accord obtenu difficilement auprès de Trafigura», a déclaré Benedetta Lacey. «Le gouvernement de Côte d'Ivoire doit veiller à ce que la CNVDT-CI verse aux plaignants les millions qu'elle leur doit.»

«Lors du cinquième anniversaire, il faut penser aux victimes. Il y a plus de 300 personnes dans mon quartier qui n'ont pas encore reçu leur indemnisation», a déclaré Geneviève Diallo, représentante d'un groupe de victimes près du site de déversement de déchets d'Akouedo. «Ceux qui ont détourné l'argent doivent être traduits en justice. La justice doit être rendue.»

Les fonds manquants doivent être localisés

Amnesty International appelle le gouvernement ivoirien à localiser les fonds manquants et à veiller à ce que les milliers de personnes qui, cinq ans près le déversement des déchets toxiques, n'ont pas encore été indemnisées.

«Le nouveau gouvernement de Côte d'Ivoire doit agir immédiatement pour mettre fin à ce fiasco qui n'a que trop duré, et pour rendre justice aux milliers de personnes victimes des déchets toxiques déversés devant leur porte», a déclaré Benedetta Lacey.