Nigéria Fuite de pétrole: Shell n’admet pas le mauvais entretien de ses oléoducs

7 août 2012
L’enquête de Shell suite à la fuite de pétrole du 21 juin 2012 dans le delta du Niger est un fiasco, dénonce un rapport d’Amnesty International. Shell se réfugie derrière des accusations de sabotage, alors que des experts ont confirmé que la fuite était due à la corrosion d’un oléoduc mal entretenu.

Autour du 21 juin 2012, une fuite de pétrole a été découverte dans le secteur de Bodo dans le delta du Niger au Nigeria. Elle a été colmatée le 30 juin. Bodo avait déjà subi deux importantes fuites de pétrole en 2008. L’entretien de cet oléoduc est de la responsabilité de Shell, qui ne semble tenir aucun compte des preuves de corrosion. La population locale est préoccupée par le manque de transparence du processus d’investigation de la fuite.

Shell n’a en effet pas mené à bout son enquête sur les déversements de pétrole et a déclaré à la population que la fuite semblait due à un sabotage. Mais des experts ont examiné des éléments de preuve qui montrent que l’hydrocarbure a été déversé par des oléoducs de Shell mal entretenus dans le secteur de Bodo. Ils ont confirmé que ces éléments indiquaient fortement que la fuite était due à la corrosion de l’oléoduc.

Amnesty International et le Centre pour l’environnement, les droits humains et le développement (CEHRD) ont demandé à la société américaine Accufacts, qui a une longue expérience en matière d’examen des infrastructures pétrolières, d’étudier des photographies de l’oléoduc prises au niveau de la fuite. Voici son avis : «C’est apparemment dû à une corrosion externe.  Notez l'effritement stratifié du métal à l'extérieur du conduit autour des résidus laissés dans la zone où le conduit s'est aminci par corrosion externe. C’est un phénomène très fréquent que nous avons observé de nombreuses fois sur d’autres oléoducs.»

Les oléoducs de Shell sont vétustes et beaucoup n’ont pas été dûment entretenus ou remplacés ; des habitants et des ONG de la région ont indiqué que les conduits dans le secteur de Bodo n’ont pas été remplacés depuis 1958. Quand Amnesty International a demandé à Shell de confirmer l’âge et l’état des conduits, la compagnie n’a pas répondu.

Lire le rapport

Rien n’a changé

Il y a un an, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) a publié un important rapport sur l’impact de la pollution pétrolière dans le pays ogoni, dans la région du delta du Niger. Depuis, les choses n’ont guère changé, comme le montre la dernière fuite de pétrole à Bodo. Dans son rapport, le PNUE a notamment confirmé que les organismes nigérians de contrôle « sont à la merci des compagnies pétrolières lorsqu’il s’agit d’effectuer des inspections sur les sites ». Le PNUE a également conclu que Shell n’avait pas respecté ses propres normes en ce qui concerne l’entretien de ses infrastructures.

«Après des années de mauvaises pratiques concernant les enquêtes sur les fuites de pétrole, la population n’a aucune confiance dans ce processus et dans ses résultats, a souligné Stevyn Obodoekwe. Shell n’a jamais résolu le problème des mauvaises pratiques qui ont été mises en évidence dans les enquêtes sur les fuites de pétrole et qu’illustre une fois de plus la situation à Bodo. Des fuites sont attribuées à des actes de sabotage alors qu’elles sont en fait dues à la corrosion et Shell sait que cela s’est déjà produit dans le passé.»