Pétrole, pollution et pauvreté Nigeria: Nettoyer le delta du Niger

Mai 2011, actualisé novembre 2011 et avril 2012
Amnesty International poursuit la campagne lancée en juin 2009 et exige désormais que Shell s’engage à effectuer un paiement initial d’un milliard de dollars pour que l’assainissement des zones polluées par des déversements d’hydrocarbures dans le delta du Niger commence enfin.

Depuis les années cinquante, les entreprises pétrolières polluent le delta du Niger, privant les populations de pêcheurs et d’agriculteurs et agricultrices de leurs moyens de subsistance. Et lorsque les populations réclament leurs droits, elles sont réprimées par un pouvoir plus sensible aux pétrodollars qu’aux besoins de leurs populations.

En 2009 puis 2011, Amnesty International a publié les résultats de ses recherches dans le delta du Niger dans deux rapports intitulés 'Pétrole, pollution et pauvreté dans le delta du Niger' et 'La vraie tragédie'. Les deux rapports montrent que l'industrie pétrolière est responsable de la large pollution du delta du Niger ainsi que des violations des droits humains qui en découlent.

L’industrie pétrolière est responsable d’une pollution généralisée de l’environnement du delta du Niger. Les effets des rejets d’hydrocarbures, du déversement de déchets et de la combustion de torchères sur la santé des populations, de l’air, des sols et des ressources aquifères sont aujourd’hui largement connus. Les fuites de pétrole sont dues à la corrosion des oléoducs, à un mauvais entretien des infrastructures, à des erreurs humaines. Elles sont aussi la conséquence d’actes délibérés de vandalisme ou de vol de pétrole. La pollution a endommagé le sol, l’eau et l’air, et a aggravé les violations des droits à la santé et à un environnement sain du droit à un niveau de vie suffisant - droit à l’eau et à une nourriture suffisante - ainsi que du droit de gagner sa vie par son travail. Des centaines de milliers de personnes sont concernées, notamment les plus pauvres et celles qui dépendent des moyens de subsistance traditionnels comme la pêche et l’agriculture.

Une réglementation insuffisante et peu appliquée

Le Nigeria possède des lois et des règlements stipulant que les compagnies doivent respecter les normes internationales de « bonnes pratiques en matière d’exploitation pétrolière » ainsi que des lois et des règlements qui protègent l’environnement. Ce dispositif est peu appliqué. Les agences gouvernementales chargées de le faire respecter sont inefficaces et, dans certains cas, prises dans des conflits d’intérêts.
Les compagnies pétrolières ont profité de la faiblesse de la réglementation du Nigeria pour se livrer à de mauvaises pratiques. Elles ne prennent pas de mesures appropriées pour empêcher la pollution ou pour tenter de résoudre les problèmes. Le gouvernement du Nigeria n’a pas protégé ses populations. Les populations du delta du Niger se sont systématiquement vues refuser l’accès aux données sur les répercussions de la prospection et de la production de pétrole.

Les revendications d’Amnesty International

De son lancement en 2009 à aujourd’hui, la campagne  d’Amnesty a principalement porté sur la nécessité pour les populations locales d’avoir accès à l’information sur les zones de pollution, les effets sur leur santé, etc. Suite à la campagne d’Amnesty, certaines des entreprises pétrolières présentes dans la région -Shell, ENI, Total- ont rendu public ou se sont engagées à rendre public un certain nombre d’informations et de rapports importants. L’étape suivante a pour but d’obtenir le nettoyage complet de la région et de faire en sorte que l’Etat nigérian demande des comptes aux entreprises pétrolières. En plus, Shell doit s’engager à effectuer un paiement initial d’un milliard de dollars pour que l’assainissement des zones polluées puisse commencer.