Des familles roms ont été expulsées de leur maison et se sont retrouvées à la rue, Belgrade, Serbie, août 2011. © Sanja Knezevic
Des familles roms ont été expulsées de leur maison et se sont retrouvées à la rue, Belgrade, Serbie, août 2011. © Sanja Knezevic

Europe Les droits des Roms d’Europe

5 avril 2012
La Journée internationale des Roms, le 8 avril 2012, est l’occasion de rendre hommage à la culture rom, mais aussi de mettre en lumière les persécutions et les discriminations que les Roms subissent dans toutes les sphères de leur vie.

«Les stéréotypes et les préjugés négatifs vis-à-vis des Roms, ancrés dans certains médias et une partie de l’opinion publique européenne, alimentent la discrimination sur tous les plans, a indiqué Jezerca Tigani, directrice adjointe du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.

«Les gouvernements doivent montrer l’exemple et battre en brèche les préjugés sociaux qui favorisent la discrimination envers les Roms, et doivent garantir leur égalité. Pourtant, trop souvent, les gouvernements se détournent de leurs responsabilités vis-à-vis de leurs citoyens roms, au détriment de l’ensemble de la population.»

Dans un rapport intitulé Home is more than a roof over your head. Roma denied adequate housing in Serbia et publié en avril 2011, Amnesty International dénonçait les discriminations dont la minorité rom était victime en Serbie.

Près de 12 millions de Roms en Europe

Au nombre de 10 à 12 millions, les Roms constituent l'une des plus importantes minorités d’Europe, mais aussi l’une des plus défavorisées.«Cette Journée internationale perd tout son sens si les gouvernements ne garantissent pas aux Roms la jouissance de leurs droits fondamentaux», a estimé Jezerca Tigani.

Menace d'expulsions forcées en Serbie

Alors que des événements auront lieu pour marquer cette date annuelle importante, les Roms qui vivent à Belvil, quartier informel de Belgrade, en Serbie, passeront cette journée sous la menace d’une expulsion forcée. Ils ont été avertis il y a deux semaines de leur expulsion, mais ne savent absolument pas où ils vont aller ni ce qui va se passer pour eux.

76 familles roms expulsées en Roumanie

En Roumanie, 76 familles, roms pour la plupart, doivent vivre avec les conséquences de l’expulsion. Elles ont été délogées de force de la rue Coastei, dans le centre de Cluj-Napoca en décembre 2010, et relogées à la périphérie de la ville, où elles s’entassent dans de petits logements situés à proximité d’une décharge municipale et d’une ancienne décharge de produits chimiques. Certaines familles se sont retrouvées sans toit en plein hiver. Depuis plus d’un an, elles se battent pour obtenir justice.

Communauté rom discriminée dans plusieurs domaines

Des millions d’autres Roms vivent dans des quartiers informels, sans logement adéquat et souvent sans électricité ni eau courante. Ils y sont plus exposés aux maladies, tout en ayant moins facilement accès aux soins de santé, que le reste de la population.

Dans certains pays, les enfants roms sont fréquemment placés dans des écoles spéciales destinées aux élèves présentant des «handicaps mentaux légers», ou placés dans des écoles ou des classes où ils sont séparés des autres enfants et reçoivent un enseignement au rabais. Ils se retrouvent par la suite fortement pénalisés sur le marché du travail. Sans emploi, des millions de Roms n’ont pas les moyens d’accéder à un meilleur logement, d'acheter des médicaments ou de payer les frais de scolarité de leurs enfants. Vivant en marge de la société, les Roms sont également exclus sur le plan politique.

Ils se retrouvent pris au piège d'un cercle vicieux, exacerbé par la discrimination qui les empêche systématiquement de bénéficier de l’égalité des chances à laquelle ils ont droit, d’être traités équitablement et de jouir de l’ensemble de leurs droits fondamentaux.

Ces dernières années, on assiste à une évolution alarmante des violences à caractère raciste envers les Roms, qui se traduisent par des attaques isolées ou menées par des groupes d’autodéfense contre des habitations ou des communautés roms.

Habitants roms menacés et harcelés en Hongrie

À la suite d’une marche qui a rassemblé près de 2 000 personnes dans le village de Gyöngyöspata à l’initiative du parti d’extrême-droite Jobbik, le 6 mars 2011, trois groupes d’autodéfense ont organisé des patrouilles dans le village pendant près d’un mois. À cette occasion, ils ont menacé, intimidé et harcelé les habitants roms. Les autorités hongroises n’ont pas pris les mesures qui s’imposaient en vue d’empêcher ces atteintes aux droits humains.

Loin de contrer les stéréotypes et les préjugés qui nourrissent l’intolérance et la haine envers les Roms, certains gouvernements et certains fonctionnaires leur donnent au contraire du poids dans leurs déclarations publiques. «Il est temps pour les gouvernements d’Europe d’honorer leurs obligations et de protéger leurs citoyens roms en mettant fin aux politiques et pratiques discriminatoires qui bafouent leurs droits fondamentaux et les maintiennent dans un cycle de pauvreté et de marginalisation», a conclu Jezerca Tigani.

Lire le rapport sur la situation des Roms en Serbie.

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