Cambodge L'expulsion forcée de Groupe 78 a eu lieu

17 juillet 2009
A Phnom Penh, les autorités ont expulsé les familles qui constituent la communauté Groupe 78. La plupart des 60 familles restantes ont accepté de partir après avoir été menacées par les autorités cambodgiennes de ne recevoir aucune compensation, et de voir leurs biens détruits purement et simplement. Agissez en leur faveur.

Des habitant∙e∙s du quartier Groupe 78, mai 2009 © AI


«Amnesty International condamne fermement cette expulsion forcée ainsi que le processus entaché de profondes irrégularités qui a précédé», a déclaré Brittis Edman, chargée de recherche sur le Cambodge à Amnesty International.

Vendredi 17 juillet avant l’aube, au moins 70 agents des forces de sécurité, certains armés de pistolets et de matraques électroniques, ont encerclé la zone connue sous le nom de Groupe 78 où quatre familles résistaient encore, avec à leurs côtés des défenseurs des droits humains et des journalistes. Des dizaines d’ouvriers embauchés pour cette tâche ont démoli ce qui restait des maisons démantelées. Quelques heures plus tard, les familles qui avaient résisté acceptaient de partir.

Vidéo en version originale (anglais)

Les familles du Groupe 78 vivaient sous la menace d’une expulsion forcée depuis trois ans, les autorités cambodgiennes n’ayant respecté aucune des garanties requises en droit international.

«Il est clair que le Groupe 78  a été privé d’une procédure régulière et n’a pas obtenu justice. La municipalité de Phnom Penh n’a fait aucune tentative de consultation réelle avec la population concernée et n’a exploré aucune alternative viable à l’expulsion, a déclaré Brittis Edman. Tout cela rend vides de sens les obligations du gouvernement de protéger le droit au logement »

La municipalité a remis un dernier avis d’expulsion  au Groupe 78 en avril 200 ; lors des rencontres qui ont suivi, des responsables et notamment le vice-gouverneur de Phnom Penh, ont prévenu les habitants que la police et la police militaire détruiraient leurs maisons s’ils n’acceptaient pas les compensations offertes. Les habitants ont également été informés que 700 agents des forces de sécurité avaient été mobilisés en vue de leur expulsion.

Les habitants du Groupe 78 avaient commencé à s'installer dans la zone des berges aménagées en 1983. Ils ont effectué à plusieurs reprises depuis 2006 des démarches afin d'obtenir un titre de propriété officiel, mais les autorités ont rejeté leurs demandes, malgré les documents officiels présentés par les familles prouvant que leurs revendications reposaient sur des bases solides. L’ordre d’expulsion a été donné par la municipalité, qui ne dispose pas d’un mandat l’autorisant à le faire au regard du droit international et sans la supervision d’une autorité judiciaire comme le prévoit la loi relative à la propriété foncière de 2001. L’ordre a été donné en dépit du fait qu’une commission locale doit encore déterminer qui est propriétaire du terrain contesté. Les options de relogement et les compensations offertes par la municipalité étaient insuffisantes.

Le gouvernement cambodgien ne garantit toujours pas le droit à un logement décent et ne protège pas sa population contre les expulsions forcées. Pour la seule année 2008, Amnesty International a enregistré environ 27 expulsions forcées, qui ont affecté 23 000 personnes approximativement. Amnesty International renouvelle son appel au gouvernement cambodgien pour qu’il mette un terme aux expulsions forcées et décrète un moratoire sur toutes les expulsions jusqu’à la mise en place d’un cadre juridique garantissant la protection des droits humains.

Dans le cadre de sa Campagne pour la Dignité lancée en mai 2009, Amnesty International appelle le gouvernement cambodgien à mettre un terme aux expulsions forcées et à décréter un  moratoire sur toutes les expulsions jusqu’à la mise en place d’un cadre juridique garantissant la protection des droits humains.

À travers cette campagne, l’organisation appelle tous les gouvernements à prendre toutes les mesures nécessaires, notamment à adopter des lois et des politiques qui soient conformes au droit international relatif aux droits humains afin d’interdire et d’empêcher les expulsions forcées.

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