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Peine de mort Questions et réponses

Mai 2022
La peine de mort peut-elle empêcher les crimes ? Rend-elle justice aux victimes ? Existe-t-il une mé-thode d'exécution plus «humaine» ? Informez-vous davantage sur la peine de mort en prenant connaissance des 10 questions les plus fréquemment posées sur le sujet.

1. Pourquoi Amnesty International s'oppose-t-elle à la peine de mort ?

2. Les victimes de crimes violents et leurs familles n'ont-elles pas droit à la justice ?

3. Si une personne tue quelqu'un, ne mérite-elle pas la mort (œil pour œil) ?

4. La peine de mort n'empêche-t-elle pas les crimes ?

5. Qu'en est-il de la peine de mort pour les terroristes ?

6. Ne vaut-il pas mieux exécuter quelqu'un que de l'enfermer à vie ?

7. Existe-t-il une méthode humaine et indolore pour exécuter une personne ?

8. En quoi cela regarde-t-il Amnesty si d’autres sociétés veulent appliquer la peine de mort ?

9. Que faire si l'opinion publique est favorable à la peine de mort ?

10. Le combat pour l'abolition de la peine de mort peut-il être gagné ?

1. Pourquoi Amnesty International s'oppose-t-elle à la peine de mort ?

La peine de mort va à l'encontre du droit humain le plus fondamental : le droit à la vie. Elle constitue la pire des punitions cruelles, inhumaines et dégradantes.

La peine de mort est discriminatoire. Elle est souvent infligée aux personnes les plus vulnérables de la société, notamment les personnes pauvres, les minorités ethniques et religieuses et les personnes qui ont un handicap mental. Certains gouvernements l'utilisent pour réduire au silence leurs opposant·e·x·s. Là où le système judiciaire est défaillant et où les procès inéquitables sont fréquents, il y a toujours un risque que des personnes innocentes soient exécutées.

Lorsque la peine de mort est appliquée, elle est bien entendu irréversible. Les potentielles erreurs commises ne peuvent plus être réparées. Une personne innocente peut finir par être libérée de prison pour un crime qu'elle n'a pas commis, mais une exécution ne peut jamais être renversée.

2. Les victimes de crimes violents et leurs familles n'ont-elles pas droit à la justice ?

Oui, elles y ont droit. Les personnes qui ont perdu des proches à la suite de crimes graves ont le droit d'exiger que la personne responsable soit jugée dans le cadre d'un procès équitable, et ce sans que la peine de mort ne soit appliquée. Lorsque nous nous prononçons contre la peine de mort, nous n'essayons pas de minimiser ou de cautionner les crimes. Mais comme l'ont dit de nombreuses familles qui ont perdu une personne chère, la peine de mort ne permet pas d'atténuer leur souffrance. De plus, elle ne fait qu'accroître la souffrance de la famille de la personne condamnée.

«La vengeance n'est pas la réponse. La réponse est de réduire la violence, pas de provoquer d'autres morts.» Marie Deans, dont la belle-mère a été assassinée en 1972

3. Si une personne tue quelqu'un, ne mérite-elle pas la mort (œil pour œil) ?

Non. Exécuter une personne parce qu'elle a ôté la vie de quelqu'un, c'est de la vengeance, non pas de la justice.

Une exécution - ou la menace d'une telle exécution - s'accompagne de violences physiques et psychologiques terribles. Toute société qui exécute des criminel·le·x·s commet la même violence qu'elle essaie de condamner.

4. La peine de mort n'empêche-t-elle pas les crimes ?

Les recherches ne permettent pas de le confirmer. Il n'existe aucune preuve fiable que la peine de mort est plus efficace que la détention pour prévenir les crimes. En fait, dans les pays qui ont interdit la peine de mort, le nombre de crimes n'a pas augmenté. Dans certains cas, ils ont même diminué. Au Canada, le taux d'homicides en 2008 était inférieur de moitié à celui de 1976, année durant laquelle la peine de mort a été abolie.

5. Qu'en est-il de la peine de mort pour les terroristes ?

Les gouvernements recourent souvent à la peine de mort après des attentats pour montrer leurs efforts afin de « protéger » la sécurité nationale. Mais la menace de la peine de mort n'arrêtera pas les personnes qui sont prêtes à mourir pour leurs convictions (par exemple en tant que kamikazes). De plus, les personnes exécutées peuvent être considérées comme des martyrs par leur organisation, leur mort servant à la glorification et à la mobilisation en faveur de leur idéologie.

Les personnes accusées de terrorisme sont très souvent condamnées à mort à l'issue de procès inéquitables. Beaucoup sont condamnées sur la base d'aveux obtenus sous la torture. Dans certains cas, des tribunaux spéciaux ou militaires créés dans le cadre de lois antiterroristes ont condamné des civil·e·x·s à la peine de mort, transgressant ainsi les normes internationales.

«La peine de mort est un moyen très commode pour certain·e·x·s politicien·ne·x·s de faire croire à leurs électeur·ice·x·s que quelque chose est fait pour lutter contre la criminalité.» Jan van Rooyen, professeur sud-africain de droit

6. Ne vaut-il pas mieux exécuter quelqu'un que de l'enfermer à vie ?

Chaque jour, des adultes et même des enfants attendent leur exécution dans le couloir de la mort. Quel que soit le crime commis, qu'iels soient coupables ou innocent·e·x·s, leur vie est sacrifiée par un système juridique qui privilégie la vengeance à la réhabilitation. Tant qu'une personne détenue est en vie, elle peut espérer être réhabilitée ou libérée s'il s'avère plus tard qu'elle est innocente.

7. Existe-t-il une méthode humaine et indolore pour exécuter une personne ?

Toute forme d'exécution est inhumaine. L'injection létale est souvent présentée comme plus « humaine » parce que, du moins en apparence, elle semble moins violente et barbare que d'autres formes d'exécution telles que la décapitation, l'électrocution, le gazage et la pendaison.

La volonté de trouver une manière « humaine » de tuer des personnes doit cependant être considérée pour ce qu'elle est réellement : une tentative de rendre les exécutions plus digestes pour le public et de faire en sorte que les gouvernements qui procèdent aux exécutions n'apparaissent pas comme des meurtriers.

8. En quoi cela regarde-t-il Amnesty si d’autres sociétés veulent appliquer la peine de mort ?

Les droits humains - y compris le droit fondamental à la vie - sont universels et approuvés par la grande majorité des pays du monde. Notre appel à mettre fin à la peine de mort est cohérent avec la clémence, la compassion et le pardon que toutes les grandes religions du monde mettent en avant. À ce jour, 140 pays ont aboli la peine de mort en droit ou en pratique, ce qui prouve que le désir de mettre fin à la peine capitale est partagé par les cultures et les sociétés de presque toutes les régions du monde.

«Les droits humains s'appliquent aux meilleur·e·x·s d'entre nous – et aux pires.» Amnesty International

9. Que faire si l'opinion publique est favorable à la peine de mort ?

Un fort soutien du public à la peine de mort va souvent de pair avec un manque d'informations fiables sur cette pratique - le plus souvent avec l'idée fausse qu'elle réduira la criminalité. De nombreux gouvernements sont prompts à répandre cette croyance erronée, même si elle n'est pas étayée par des preuves. Les facteurs décisifs qui sous-tendent l'application de la peine de mort ne sont souvent pas compris. Il s'agit notamment du risque d'exécuter une personne innocente, de l'injustice des procédures judiciaires et du caractère discriminatoire de la peine de mort - autant de facteurs qui contribuent à une opinion pleinement informée sur la peine de mort.

Nous pensons que les gouvernements doivent être ouverts à ces informations tout en promouvant le respect des droits humains par le biais de programmes d'éducation publique.  Ce n'est que dans ce contexte qu'il pourra y avoir un débat sensé sur la peine de mort.

La décision d'exécuter quelqu'un·e·x ne peut toutefois pas être prise par l'opinion publique. Ce sont les gouvernements qui doivent montrer la voie à suivre.

10. Le combat pour l'abolition de la peine de mort peut-il être gagné ?

Oui. Aujourd'hui, deux tiers des pays du monde ont aboli la peine de mort ou ne l'appliquent plus dans la pratique. Même s'il y a eu quelques régressions des droits humains en matière de peine de mort, il faut les mettre en balance avec la nette tendance mondiale à l'abolition. Chaque année, de nouveaux pays font un pas vers l'abolition ou y renoncent complètement. L'Europe est pratiquement exempte de la peine de mort. Et les États-Unis, qui ont toujours été l'un des pays les moins enclins à abandonner la peine de mort, s'en détournent lentement.