(c) Amnesty Youth Bas Valais
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INTERVIEW "Moumen : un témoin et porteur d’espoir"

Le Groupe Jeunes AMNESTY YOUTH Bas-Valais te propose cet interview avec Moumen, qui raconte son expérience en tant que jeune Syrien aujourd'hui en Suisse.

Vendredi soir, un café à Monthey. Notre groupe Amnesty Youth Bas-Valais a eu le plaisir d’échanger avec Moumen, 17 ans, parti de Syrie il y a 5 ans. Son témoignage enrichissant nous a touché et nous a permis de comprendre le point de vue que peut avoir un jeune Syrien sur la guerre dans son pays, son périple jusqu’en Suisse et son accueil.

Le portrait de Moumen s’inscrit dans la série d’histoires qu’Amnesty va publier afin de mettre en avant les expériences vécues par les réfugiés, ainsi que leur intégration en Suisse.

Je m’appelle Moumen, j’ai 17 ans, j’habite ici à Monthey. Au niveau du sport, j’aime tout presque. Dans la vie, j’aime étudier, plutôt intellectuel que manuel quoi.
C’était vraiment magnifique avant la guerre. Tout était disponible, personne ne pensait qu’il y en aurait une. Moi, je ne connais pas trop là-bas. J’étais tout le temps à Damas. Je connais ma ville et ce qu’il y a autour. Damas c’est très grand. J’ai voyagé, mais j’étais petit alors je ne me souviens pas de grand-chose, mais c’était vraiment magnifique. Il y a des gens que j’ai rencontrés en Suisse qui m’ont dit qu’ils étaient déjà allés à Damas ou en Syrie avant la guerre et que c’était magnifique. Tout le monde aimerait y voyager encore une fois.


D’où viens-tu?
Je viens de Syrie.

D’où exactement?
De Damas, la capitale.

À quoi ressemblait ta vie là-bas?
Ma maison était une vieille maison de pierre, c’était un peu quelque chose de l’époque. L’école était presque comme ici. Les systèmes changent, mais c’est la même manière d’enseigner.

Quand est-ce que ça a commencé à mal tourner pour ta famille, que vous avez senti qu’il fallait partir?
C’était en 2011 et on est parti à la fin de l’année 2012.

Etes-vous partis soudainement, ou a-t-il fallu un moment de préparation?
On n’a pas trop préparé. Après deux semaines c’était bon. Le temps de faire les passeports, les renouveler… on est parti directement.

À quoi est-ce que tu t’attendais en partant?
Une vie où il n’y a pas de guerre, où c’est plus calme que là où on était. Concernant l’école, je n’avais pas besoin de trop y réfléchir à ce moment-là.

Par rapport à l’itinéraire, vous avez voyagé comment?
On est parti de Damas jusqu’au Liban, puis nous sommes arrivés en Lybie où nous sommes restés une
année et demie pour travailler. Moi j’y ai fait la première du cycle. Après, on a pris le bateau depuis la Libye jusqu’en Italie, à Lampedusa. Là, on est resté une semaine et demie pour réfléchir à l’endroit où il fallait aller, et puis on a pris le train pour aller en Suisse.

Quel était ton état d’esprit pendant le voyage?
C’était plutôt deux parties du voyage, parce qu’en Libye, on s’est dit « c’est bon, on reste en Libye et on attend que la guerre finisse, après on y retourne. » Alors en premier c’était pour améliorer la vie et aider la famille - les gens qui étaient restés en Syrie. Mais après, le voyage de la Libye jusqu’en Italie, je n’aimerais pas le revivre. C’était difficile.

C’était vraiment comme on le montre? Les bateaux, tout le monde entassé?
Oui, c’était un miracle qu’on ait réussi à arriver.

Quelle a été ta première impression sur la Suisse?
C’est vrai qu’en Syrie on n’entend pas vraiment parler de la Suisse, pas comme la France, l’Allemagne par exemple. On ne savait pas trop comment ça se passait, on ne savait pas qu’il y avait 4 langues. On disait « c’est la langue suisse quoi ». On a choisi ici parce qu’il n’y a pas beaucoup de gens, c’est rare les gens qui viennent en Suisse.

Est-ce que tu as été déçu de venir en Suisse?
Non, pas du tout.

Est-ce que tu as été satisfait de l’accueil qu’on t’a fait en Suisse?
Au début c’était difficile de passer les comptes à Vallorbe. Mais après on a bien été accueilli par les gens, à Sion ou n’importe où. C’était trop sympa de leur part.

Est-ce que le côté administratif a été compliqué? Maintenant c’est quoi ton statut?
Alors maintenant j’ai un permis. Et c’est vrai que c’est difficile, par exemple je ne peux pas partir de Suisse et si je devais faire un apprentissage, ça serait en Valais, pas en-dehors. Mais sinon c’est pas trop compliqué.

Est-ce que ton intégration a été facile?
Tout ça c’était difficile au début, comme je ne parlais pas la langue. J’ai dû recommencer à zéro. Après c’est vrai que j’ai vite appris, et dès que j’ai mieux parlé français c’était facile de me faire des amis, de parler avec les autres.

Est-ce que tu as l’impression d’avoir été changé ? Est-ce que ta personnalité a évolué?
Oui, bien sûr. Je suis devenu sociable avec les gens, curieux et plus sérieux.

Qu’est-ce que ce voyage et cette venue en Suisse t’ont apporté?
J’ai appris beaucoup de choses : à être responsable de moi-même. De manière générale, je me débrouille tout seul. C’est pas parce que les autres ne veulent pas m’aider, mais je vais vers les gens quand je suis vraiment bloqué. Et pour la langue, je parle le français, l’arabe et un peu d’anglais et d’allemand.

Est-ce que tu as encore des proches qui sont en Syrie et si oui, est-ce que tu as encore contact avec eux?
Alors oui, pas seulement en Syrie, mais aussi au Liban, parce que c’est dangereux là-bas alors on est un peu partout. Et on communique sur internet ou on passe des appels payants.

Est-ce que tu avais déjà de la famille là-bas ou des amis qui étaient partis ?
Oui, mais pas à cause de la guerre, c’était avant.

Et qu’est-ce que tu aimerais faire plus tard comme métier?
Prof de sciences ou peut-être de mathématiques.

Est-ce qu’il y a quelque chose que tu aurais aimé qui se passe différemment?
Pas avoir fait l’EPP, mais je n’avais pas le choix. Je n’avais pas les notes pour passer directement à l’ECG. Mais j’ai aussi appris plein de choses.

Si la guerre s’arrête, tu penses retourner en Syrie?
J’y retournerais, mais pour des visites. Pour ma vie future, je reste ici.

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