AI YOUTH Youth Perspectives Même les plus petits pas comptent quand il s'agit d'avancer vers l'égalité

par Delia Giandeini, Lia Toscano et Marie Ruffieux
pour Amnesty International UniL

Ce 9 février, les Suisse∙ss∙es ont l’occasion de se prononcer sur une thématique généralement silencieuse et secondaire dans l’histoire de la politique helvétique : la question de l’orientation sexuelle. Plus précisément, il s’agit d’introduire une base légale qui vise l’interdiction de la discrimination en raison de l’orientation sexuelle. Faut-il, oui ou non, élargir la norme pénale actuelle, qui condamne déjà les discriminations et les incitations à la haine fondées sur l’appartenance religieuse ou ethnique, afin qu’elle couvre aussi l’orientation sexuelle ? Selon nous, la section LGBTQ+ du groupe Amnesty de l’Université de Lausanne, la réponse à cette question fondamentale est OUI !

Petit retour en arrière : en décembre 2018, le Parlement suisse accepte un projet qui vise à modifier la loi pénale et militaire protégeant les personnes contre la discrimination sur la base de leur race, ethnie ou religion. Ce projet vise à élargir la loi existante en y ajoutant la notion d’orientation sexuelle, permettant ainsi de protéger un individu contre les insultes ayant trait à son homosexualité ou à sa bisexualité. À la suite de cela, une campagne de récolte de signatures pour lancer un référendum contre ce projet, menée par l’UDF, est mise en place. Si cette entreprise a été un succès et a mené à la votation du 9 février, il faut néanmoins préciser qu’elle ne s’est pas toujours faite de manière honnête. En effet, les informations données aux signataires étaient parfois fausses et ont de ce fait amené certaines personnes à signer, alors qu’elles se positionnaient en faveur du projet et qui pensaient participer à autre chose, comme à la lutte contre l’homophobie dans l’armée. Bref, ne nous attardons pas plus sur le côté malhonnête du comité référendaire et concentrons-nous sur la manière dont les arguments contre l’extension de la loi sont réfutables.

Commençons par le contre-argument le plus flagrant et discuté : celui de la liberté d’expression. Une crainte persistante concernant cette votation est celle de ne plus pouvoir exprimer ses opinions en tant qu’individu de notre société. La liberté d’expression est le droit de toute personne de former, d'exprimer et de répandre son opinion. En revanche, la liberté d’expression ne comprend pas de droit à tenir un discours discriminatoire à l'égard d'une personne en raison de son appartenance à un groupe défini par le droit pénal. Ainsi, les débats d’opinion basés sur une critique constructive, essentiels en démocratie, sont et seront toujours permis, notamment dans le cadre de débats politiques. L’extension de la loi réprimera uniquement les propos discriminatoires ou haineux, menaçant directement la dignité humaine de la victime de l’insulte. La liberté d’expression s’en sort donc indemne, car, comme le dit Nadja Her, avocate et co-présidente de l’Organisation suisse des lesbiennes, “la haine n’est pas une opinion”. 

Passons maintenant à un second argument contre la votation du 9 février, un argument qui, cette fois-ci est plus délicat, et qui nous a poussé à réfléchir de façon plus critique. Il s’agit d’une campagne référendaire à laquelle des membres de la communauté LGBTQ+ ont participé. Cette campagne critique principalement la façon dont la nouvelle loi instaurerait une distinction entre les hétérosexuel∙le∙s et les personnes LGBTQ+ suggérant que les personnes homosexuelles et bisexuelles sont une minorité sociale. Certaines personnes qui ont participé à cette campagne référendaire luttent pour une vision égalitaire entre les homosexuel∙le∙s, les bisexuel∙le∙s et les hétérosexuel∙le ∙s, et refusent ce qu’iels considèrent comme un traitement de faveur. Nous sommes sensibles à cet argument. Nous aimerions également, plus que tout, vivre dans un monde où il n’est pas nécessaire d’ajouter une garantie de protection à la communauté LGBTQ+ en tant que minorité car, idéalement, cette protection ne serait pas nécessaire. Ce monde-là, c’est ce vers quoi tend la lutte LGBTQ+. Dans la présente réalité, néanmoins, les faits montrent que nous ne vivons pas dans un tel monde. Nous vivons dans une réalité hétérocentrée, dans laquelle la communauté LGTBQ+ subit des discriminations tous les jours et est, parfois, à peine tolérée. Il est important de ne pas renforcer le clivage net entre la communauté queer et la norme hétérosexuelle, mais nous pensons malgré tout que la première étape pour atteindre une égalité réelle est la prise de conscience de la place minoritaire et au bas de la hiérarchie que la communauté LGBTQ+ occupe, et de la protéger contre les dangers qui peuvent naître en conséquence.

En conclusion, nous sommes pour la modification du code pénal. Selon Muriel Waeger, directrice de Pink Cross Romandie et de LOS, les jeunes LGBTQ+ sont jusqu’à cinq fois plus susceptibles de se suicider que leurs pair∙e∙s cisgenres et hétérosexuel∙le∙s. Cette affirmation met en lumière les conséquences réelles et tragiques de la discrimination basée sur l’orientation sexuelle, et nous pousse à lutter contre. Malgré le fait que cette loi soit limitée à la protection des personnes gays, lesbiennes et bisexuelles et ne touche pas l’identité de genre, protéger déjà ces catégories de personnes contre les injures et les incitations à la haine est un premier pas vers une société réellement harmonieuse, respectueuse et juste. Bien que cette loi ne soit qu’une petite étape vers l'égalité nationale des personnes LGBTQ+, il est essentiel que nous nous efforcions de la faire adopter. Même les plus petits pas comptent quand il s'agit d'avancer vers l'égalité, d’autant plus dans un pays où le mariage homosexuel reste toujours illégal. Ouvrez vos yeux, mais avant tout, ouvrez votre cœur. Pour une Suisse qui protège ses minorités, Amnesty LGBTQ+ UNIL, le Parlement suisse et le Conseil fédéral vous incitent à voter OUI le 9 février !