Joueur·euse·x·s et militant·e·x·s du POP sur le terrain.
Au FC POP, engagement politique et amour du sport font équipe. © FC POP
Sport et politique

Le FC POP, politique et engagé

Tout a commencé par un projet de campagne électorale, qui aurait pu rester anodin. De ce coup d'envoi improvisé est né le FC POP, un club qui parie sur le football pour fédérer là où les discours politiques peinent parfois à rassembler.

Il fait beau à Lausanne en ce début d’été. Maillot rouge flamboyant, crampons aux pieds, micro en main, Djaouad s’exprime au sujet des votations vaudoises du 14 juin sur le salaire minimum. La vidéo sera ensuite publiée sur le compte Instagram du Parti Ouvrier et Populaire (POP). En fond, une cage de football, des joueur·euse·x·s qui se désaltèrent et font une pause entre les matchs du tournoi organisé par le FC Hardegger.

Capture d'écran du compte Instagram du FC POP, où Djaouad Souyad parle des votations du 14 juin.
La politique fait partie du jeu : Djaouad Souyad prend régulièrement la parole en tenue de foot - mais pas que - sur les réseaux sociaux. © FC POP

Djaouad est le vice-président de la section vaudoise du parti, aux côtés de Luca, qui la préside. Le Football Club du Parti Ouvrier et Populaire (FC POP) naît de leur initiative durant la campagne pour les élections fédérales de 2023. « Ça faisait longtemps que l’on pensait faire une équipe de foot au sein du parti. À ce moment-là, on s'est dit que c’était le moment de la créer et d’inclure dans notre campagne un match contre le PS. » Un groupe WhatsApp et quelques copains rassemblés plus tard, le club était formé.

Passion(s) commune(s)

« Si tu partages notre amour pour le foot et pour la justice sociale, bienvenue ! » s’exclame Luca. L’équipe est ouverte à touxtes, membres du parti, sympathisant·e·x·s ou simple passionné·e·x·s du ballon.

La diversité intergénérationnelle y est de mise. Bien que composée majoritairement de jeunes adultes, certains membres font monter la moyenne d’âge. « Si aujourd'hui dans le vestiaire, on devait faire une photo, ça paraîtrait invraisemblable », plaisante Luca. « Il y a peu de choses qui permettent de rassembler un conseiller municipal dans la quarantaine et un jeune en apprentissage, et qui les mettent au même niveau. » Un seul regret : le manque de diversité de genre au sein de l’équipe. « C’est pourtant ouvert à tout le monde. Malheureusement, ce sport reste encore très masculin ».

Ryad fait partie des nouveaux membres du FC POP. Il avait arrêté de jouer au football pendant plusieurs années, avant de reprendre en 2021. « Un jour un ami m’a proposé de venir jouer avec eux. Je ne connaissais même pas le parti. J’ai trouvé ça bizarre. De la propagande politique dans le sport ? » Il finit par se laisser convaincre. « Je me suis dit pourquoi pas, allons faire un match avec les communistes ! Et finalement, j’ai accroché tout de suite », dit-il en riant. Ce qui l’a attiré malgré ses appréhensions, ce sont notamment les causes en faveur desquelles s’engage le club. « J’ai fait un peu le chemin inverse aux autres », ajoute-t-il en pointant les joueurs autour de lui. « Moi, je suis passé par le foot pour arriver sur la politique. » En 8 mois, il a déjà participé à plusieurs matchs organisés par le club en soutien au Congo, à Cuba ou à la Palestine.

Les maillots rouge du FC POP accroché aux vestiaires.
Les maillots rouges du FC POP arborent le drapeau de la Palestine sur une manche, celui de Cuba sur l'autre. © FC POP

Un outil de cohésion

Avant de débuter le prochain match du tournoi, Djaouad insiste auprès de son équipe : « Si un camarade fait une erreur, vous l'encouragez. Une faute, ça arrive. Mais on avance ensemble ! » Sur le terrain, comme au sein du parti, rester soudé est la priorité. « Même avec un Neymar dans l’équipe, un match de foot ne se gagne pas seul. S'il n'y a pas d'alchimie, s'il n'y a pas d'esprit d'équipe, d'objectif commun, ça ne fonctionne simplement pas », souligne Luca.

Au FC POP, le football a une utilité qui dépasse le cadre sportif. « C'est l’un des vecteurs les plus puissants de rassemblement populaire », estime Luca. Jouer ensemble représente alors un moyen concret de renforcer les liens et de construire un collectif solide. « Dans le contexte actuel d'accroissement des inégalités, d'impérialisme violent, de montée de l'extrême droite, d'exacerbation des tentatives de division du peuple, racisme, sexisme, je trouve que le football fait partie de l'arsenal à déployer pour contrer ces logiques individualistes et dévastatrices, » affirme Djaouad. « Au début, le collectif se construit à 11 sur un terrain, avec un ballon et deux buts. »

Le foot permet aux membres du parti, souvent accaparés par leurs engagements, de tisser des liens de camaraderie en dehors des réunions. Il représente aussi un bon moyen d’intégrer les nouveaux adhérents, ayant rejoint le POP sans nécessairement en connaître les membres. « Ça te dirait d’aller jouer au foot ? » est l’une des premières questions posées par Djaouad et Luca à l’arrivée dans le parti.

Les joueureuses du FC Hardegger et du FC POP entrent sur le terrain.
Jouer au foot, ça se fait à plusieurs: les clubs romands se retrouvent souvent pour des matchs amicaux. Ici, le FC Hardegger et le FC POP disputent un match caritatif en soutien à Cuba. © FC Hardegger

Militer autrement

Le FC POP sert d’outil au sein du parti : il permet aux membres du parti de faire le lien avec les pratiques politiques de la génération passée. « Nos anciens camarades nous racontent comment ils militaient à l'époque, » raconte Luca. « Eux, ils allaient devant les usines, essayer de toucher les ouvriers, tracter, parler avec eux. Et puis, le monde a changé, les usines suisses ont fermé. On doit donc réinventer les manières dont on s'adresse aux gens, avec lesquelles on peut toucher les gens. »

Parler aux classes populaires, c’est une chose, mais le faire sans condescendance en est une autre. Pour Djaouad, la fierté du POP réside dans le fait de rejeter toute posture moralisatrice vis-à-vis de son électorat. « Plutôt que de reprocher aux personnes de ne pas faire de politique ou de mal voter, plutôt que de prendre des jeunes de quartiers de haut, on les invite simplement à jouer avec nous. »

Et cette approche porte ses fruits. L’un des amis de Luca, Djaouad et Ryad a rejoint l'équipe, puis adhéré au parti… avant d'être élu au conseil communal de Lausanne. « C'est encore une fois une preuve que le football est une excellente manière de faire entrer les gens dans l'action politique. » Il faut croire que parfois, politique et football peuvent finalement faire bon ménage.

Lundi prochain, nous quitterons les belles rives du Léman pour nous rendre à Berne, à la rencontre d'un club utilisant le football comme vecteur d'intégration sociale.