© Jonas Kakó
Édito

La ruée vers le sous-sol

Comme la sodalite placée sous les rayons UV, les matières qui brillent ont tendance à attiser les convoitises. Mais la soif de richesse comporte également des risques pour les personnes qui vivent à proximité des sites d'extraction.

Il y a quelques jours, j’observais une colonie de fourmis s’attaquer à une tomate cerise tombée à terre. Elles ont commencé par percer un trou suffisamment grand pour laisser passer deux de leurs congénères, avant de former une chaîne ininterrompue et d’en vider entièrement la pulpe. Toute l’opération aura pris moins de trois minutes.

Leur avidité était frappante. C’est comme si leur survie dépendait du fait qu’elles ne laisseraient rien derrière elles.

Je ne m’y connais pas en entomologie : pas moyen de savoir avec certitude si cette conclusion est pertinente. Mais je ne peux m’empêcher de tirer un parallèle avec la cupidité, la prédation dont font preuve les entreprises qui extraient les matières premières, dont il est question dans ce numéro. Et de questionner notre responsabilité individuelle : n’avons-nous pas nous-mêmes créé ce monstre ? En oubliant de nous interroger sur le véritable coût de notre nouveau smartphone, de notre voiture, des heures de travail ingrat que nous fait gagner ChatGPT… Cette année, la Suisse a atteint le Jour du dépassement le 2 mai. Nous aurons donc vécu près de deux tiers de 2026 à crédit.

Les fourmis de ma terrasse ont consommé tout ce qui se trouvait sur leur horizon. Nos entreprises, en revanche, continuent à chercher ailleurs de quoi se remplir les poches. Au détriment de l’environnement, et des êtres humains qui l’habitent. Elles le font sciemment, et dans le but – non déguisé – de garder pour elles seules ce qui risquerait de revenir à d’autres. À défaut de renverser cette logique prédatrice, impérialiste, colonialiste, il est temps d’au moins l’encadrer, de s’assurer que l’industrie extractive respecte quelques minima. Qu’elle fasse enfin preuve de décence.

Jean-Marie Banderet, rédacteur en chef