Drapeau de la Colombie (à gauche), carte des territoires indigènes en Colombie
Drapeau de la Colombie (à gauche), carte des territoires indigènes en Colombie © Amnesty International
Ouvert
Urgent Action − Colombie

Il faut protéger les terres d’une communauté autochtone

Le 14 mars, des individus ont saccagé un panneau d’affichage installé par la communauté autochtone de l’ASEINPOME à l’intérieur de sa réserve reconnue, officiellement établie par l’Agence territoriale nationale en vertu de l’Accord n° 219 de 2023 et proclamée publiquement par le président Gustavo Petro le 6 octobre 2023. Plus tard ce jour-là, des hommes armés de longs fusils sont allés intimider l’un des campements de la communauté. Le panneau d’affichage marquait l’existence de la réserve. Sa destruction, ainsi que les actes d’intimidation, sont une menace pour la vie et les droits territoriaux de la communauté autochtone, contestés depuis longtemps par des personnes qui revendiquent la propriété des terres faisant l’objet d’un litige à Puerto Gaitán, dans le département du Meta. Nous demandons à l’Agence territoriale nationale de se rendre sur place et de garantir les droits à la terre et au territoire de la communauté de l’ASEINPOME.

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Défendez les droits de la communauté autochtone de l’ASEINPOME: envoyez une lettre d'appel par poste, e-mail et Tweetez/postez dans les réseaux sociaux via X/Twitter.

Agir jusqu'au 16 juillet 2026

Modèles de lettre

Adresses

Directeur de l’Agence territoriale nationale:
Director de la Agencia Nacional de Tierras
Juan Felipe Harman Ortiz
Calle 43 No.57-41
Bogotá DC
Colombia
E-mail: atencionalciudadano@ant.gov.co
Twitter/X: @AgenciaTierras; @harmanfelipe

Copies à

Ambassade de la République de Colombie
Zieglerstrasse 29
3007 Berne
Fax: 031 350 14 09
E-mail: esuiza@cancilleria.gov.co

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Suggested message for X/Twitter:

🚨Urgent Action Colombia 🇨🇴 The #Aseinpome Indigenous community lacks access to 2/3 of its Indigenous reserve and faces hostility by armed people disputing it. @AgenciaTierras must guarantee access to all their land!
@harmanfelipe @AlcPuertoGaitan @GobMeta @MinAgricultura 

Plus d'info

Les plaines de l’Orénoque incluent de vastes territoires dotés d’abondantes ressources en eau, d’un énorme potentiel en termes d’agriculture et d’élevage, et d’importantes réserves de pétrole. Ces terres, traditionnellement habitées par des peuples autochtones, sont soumises depuis des décennies à une occupation violente de la part d’acteurs cherchant à s’emparer de ces territoires, à officialiser cette appropriation par des moyens frauduleux, et à les vendre à des acheteurs désireux de développer des projets agro-industriels ou pétroliers.

Parallèlement, des communautés autochtones et paysannes, souvent établies par des personnes déplacées de force d’autres régions de Colombie, ont créé des localités et conservé des pratiques paysannes qui se heurtent fréquemment aux intérêts de ceux qui ont saisi ces terres ou les ont achetées en clamant leur bonne foi et leur volonté de les développer sur le plan économique. C’est à l’État que revient depuis longtemps la responsabilité de préciser à qui appartiennent les terres, en prenant en compte les droits des victimes de dépossession et de déplacement forcé. Malgré l’existence d’un Système de restitution des terres et d’initiatives visant à faire progresser une réforme rurale, de nombreux conflits subsistent et des communautés paysannes et autochtones sont la cible de menaces et d’agressions pour avoir défendu leurs droits à la terre et au territoire.

La localité autochtone d’El Porvenir, dans le département du Meta (Asentamiento Indígena del Porvenir Meta) ou communauté autochtone de l’ASEINPOME, abrite 54 familles Sikuani et Kubeo, comprenant environ 230 membres. Leurs ancêtres Sikuani ont été déplacés de force de ce territoire au milieu du XXe siècle par des colons qui se sont emparés de leurs terres en usant de menaces et de violences, allant jusqu’à les «chasser». Ils ont fui vers le sud dans la forêt amazonienne, où ils ont rencontré des familles Kubeo, elles aussi victimes de violences, notamment d’esclavage. Ensemble, ils ont formé une communauté et parcouru pendant des dizaines d’années le sud et l'est de la Colombie, subissant de nouvelles violences et des déplacements forcés, jusqu'à s'installer définitivement sur leurs terres ancestrales à El Porvenir en 2015.

Leur retour a pu se faire une fois que l'État a annulé les titres de propriété frauduleux détenus depuis des décennies par des propriétaires fonciers liés à des groupes paramilitaires, dans le cadre d'une pratique plus vaste d'accaparement violent qui a eu lieu pendant le conflit armé colombien au XXe siècle et au début du XXIe. Cependant, la propriété des terres à El Porvenir fait toujours l'objet d'un litige entre les communautés autochtones et paysannes, et des individus affirmant les avoir achetées en toute bonne foi ou parce qu’elles s'inscrivent dans le cycle historique d’accaparement foncier. Amnesty International a exposé cette situation dans son rapport de 2014 intitulé A land title is not enough: Ensuring sustainable land restitution in Colombia. Malgré des décisions judiciaires rendues par de hautes instances dans le but de régler ce litige, des tensions perdurent. En 2016, la Cour Constitutionnelle a ordonné à l’Agence territoriale nationale par la décision SU-426 d’attribuer le territoire d’El Porvenir à ses «habitants historiques»; presque 10 ans plus tard, cette décision n’est toujours pas appliquée.

Les litiges fonciers se traduisent régulièrement par des violences. La communauté de l’ASEINPOME est la cible de menaces et d’attaques, notamment d’invasions de ses terres et d’incendies d’habitations, comme l’a dénoncé Amnesty International dans une Action Urgente en mai 2020, et dans l’ensemble, elle ne parvient pas à vivre en paix, ce que relatent des rapports de 2020 et 2023 sur les violences commises à l'encontre de ceux qui défendent les droits fonciers, territoriaux et environnementaux en Colombie. Les villages paysans alentour, dont El Porvenir et Matarratón, sont eux aussi en butte à des violences, ce qu’a dénoncé Amnesty International dans des Actions urgentes en 2015 et 2019. Luz Marina Arteaga, responsable historique et porte-parole pour le processus de restitution des terres à Matarratón et El Porvenir, a été visée par de nombreuses menaces en raison de son travail et soumise à une disparition forcée en janvier 2022. Son corps a plus tard été retrouvé au bord de la rivière Meta à Orocué, dans le département du Casanare. Plus récemment, Amnesty International a publié une Action urgente en décembre 2025 demandant au bureau du procureur général de Colombie d’enquêter sur les graves menaces pesant sur les dirigeant·e·s de la communauté.

En 2023, le gouvernement national a officiellement reconnu l’ASEINPOME comme une réserve autochtone par le biais de l’Accord n° 219 de 2023, un jalon qui aurait dû permettre de résoudre les conflits fonciers et de mettre un terme aux incidents violents. La décision fut remise en personne par le président de la République au gouverneur d’Aseinpome lors d’une cérémonie près d’El Porvenir. Cependant, la communauté n’a toujours pas accès physiquement aux deux tiers des terres dont elle détient collectivement les titres de propriété et l’État ne lui a toujours pas garanti le contrôle effectif de son territoire. Certaines zones demeurent occupées par d’autres demandeurs, avivant les tensions et le risque de nouvelles violences.

Les 2 et 3 mars, la communauté de l’ASEINPOME a installé des panneaux d’affichage signalant l’existence de la réserve autochtone et la décision de l’Agence territoriale nationale qui l'officialise. Le 14 mars, l’un de ces panneaux a été saccagé; plus tard dans la nuit, des hommes armés de longs fusils se sont postés près d’un des campements de la communauté et ne sont partis qu’à l’arrivée de la garde indigène. La Corporación Claretiana Norman Pérez Bello, organisation de défense des droits humains qui soutient depuis longtemps les revendications territoriales de l’ASEINPOME et d’autres communautés indigènes et paysannes dans la région, a dénoncé publiquement ces faits.

En détail

Numéro UA:
Date de parution | Actualisé le:
Index:
UA 027/26
16.04.2026 
AMR 23/0876/2026
Participation prévue jusqu'au: 16 juillet 2026
Action urgente complète (Word): français
english
Modèle de lettre uniquement (Word): français
english
español

Étant donné que les situations peuvent changer, veuillez vérifier avant d'envoyer votre lettre si la campagne de lettres est toujours active.

English version

Protect the land of Indigenous community

On 14 March, individuals violently destroyed a billboard installed by the Aseinpome Indigenous community within its recognised reserve, formally established by the National Lands Agency through Accord 219 of 2023 and publicly delivered by President Gustavo Petro on 6 October 2023. Later that day, armed men carrying long guns intimidated one of the community’s settlements. The billboard marked the existence of the reserve. Its destruction, together with the intimidation, is a threat to the lives and territorial rights of the Indigenous community, long contested by individuals claiming ownership of disputed lands in Puerto Gaitán (Meta). We urge the National Lands Agency (ANT) to visit the area and guarantee Aseinpome’s land and territorial rights.

The Orinoquian plains comprise vast territories with abundant water resources, enormous agricultural and livestock potential, and significant oil reserves. These lands, traditionally inhabited by Indigenous peoples, have for decades been subjected to violent occupation by actors seeking to seize the land, formalise ownership through fraudulent means, and then sell it to those interested in developing agro-industrial or oil projects.

At the same time, Indigenous communities and peasant communities, often created by people forcibly displaced from other parts of Colombia, have built settlements and maintained peasant practices that frequently clash with the interests of those who have seized the lands, or even those who have purchased it alleging good faith and the search for economic development. The State has long had the responsibility of clarifying land ownership, taking into account the rights of victims of dispossession and forced displacement. Despite the existence of a Land Restitution System and efforts to advance a rural reform, many conflicts remain, and peasant and Indigenous communities continue to face threats and attacks for defending their land and territorial rights.

The «Asentamiento Indígena del Porvenir Meta» (Indigenous Settlement of El Porvenir, Meta), or Aseinpome Indigenous community, is made up of 54 Sikuani and Kubeo families, with around 230 members. Their Sikuani ancestors were forcibly displaced from this territory in the mid-20th century by settlers who seized their lands through threats and violence, including «hunting» them. They fled south into the Amazon forest, where they encountered Kubeo families who were also victims of violence, even slavery. Together, they formed a community and spent decades moving across southern and eastern Colombia, enduring further violence and forced displacement, until they finally resettled in their ancestral lands in El Porvenir in 2015.

Their return was made possible after the State revoked fraudulent property titles held for decades by landowners linked to paramilitary groups, as part of the broader pattern of violent land accumulation during the Colombian armed conflict in the 20th and early 21st centuries. However, ownership of land in El Porvenir remains disputed between indigenous and peasant communities, and other individuals claiming they purchased the land in good faith or because they are part of the historical cycle of land accumulation. This situation is documented by Amnesty International in its 2014 report A land title is not enough: Ensuring sustainable land restitution in Colombia. Despite high-level judicial decisions aimed at resolving the dispute, tensions remain. In 2016, Constitutional Court ruling SU-426 ordered the National Lands Agency (ANT) to allocate the El Porvenir territory to its «historical inhabitants», but almost a decade later this order remains unimplemented.

Land disputes have led to repeated violence. The Aseinpome community has faced threats and attacks, including land invasions and the burning of indigenous homes, as highlighted in an urgent action in May 2020, and in general has been prevented from living peacefully, as documented in Amnesty International reports from 2020 and 2023 on violence against those defending land, territory and environmental rights in Colombia. Nearby peasant communities, including El Porvenir and Matarratón, have also been subjected to violence, as warned by Amnesty International’s urgent actions in 2015 and 2019. Luz Marina Arteaga, a historic leader and spokesperson for the land restitution process in Matarratón and El Porvenir, faced numerous threats for her work and was forcibly disappeared in January 2022. Her body was later found on the banks of the Meta River in Orocué, Casanare. More recently, Amnesty International issued an urgent action in December 2025 calling on Colombia’s Attorney General’s Office to investigate serious threats against community leaders.

In 2023, Aseinpome was formally recognised as an Indigenous reserve by the National Government through ANT Accord 219 of 2023, a milestone that should have helped resolve land disputes and end violent incidents. The decision was delivered in person by the President of the Republic to Aseinpome’s governor during a ceremony near El Porvenir. However, the community still lacks physical access to two-thirds of the land collectively titled to them, and the State has yet to guarantee effective control over their territory. Parts of the land remain occupied by other claimants, sustaining tensions and the risk of further violence.

On 2 and 3 March, the Aseinpome community installed billboards marking the existence of the Indigenous reserve and the ANT decision formalising it. On 14 March, one of the billboards was violently destroyed, and later on the night, armed men carrying long guns appeared near one of the community’s settlements and withdrew only when the Indigenous Guard arrived. These events were publicly denounced by the Corporación Claretiana Norman Pérez Bello, a human rights organisation that has long supported the territorial claims of Aseinpome and other Indigenous and peasant communities in the area.

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Please take action before 16 July 2026.

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