© Amnesty International
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Teodora del Carmen Vásquez, El Salvador 30 ans de prison après une fausse couche

Teodora del Carmen Vásquez purge actuellement au Salvador une peine de 30 ans de prison pour homicide avec circonstances aggravantes après avoir fait une fausse couche sur son lieu de travail. La justice a estimé que la fausse couche n'était pas la conséquence de complications de la grossesse mais d'un avortement, interdit en toutes circonstances dans ce pays.

Depuis près de huit ans, Teodora del Carmen Vásquez est en prison au Salvador. En 2008, elle a été condamnée à 30 ans de prison pour «homicide avec circonstances aggravantes» après avoir accouché d'un enfant mort-né sur son lieu de travail.

Teodora attendait son deuxième enfant lorsqu'elle a été prise de douleurs de plus en plus violentes. Elle a appelé les services d'urgence, mais a perdu les eaux peu de temps après. Les premières contractions se sont déclenchées et elle était inconsciente lorsqu'elle a accouché.

Quand elle a repris connaissance, elle saignait abondamment et son bébé était mort. Les policiers sur les lieux lui ont passé les menottes et l'ont arrêtée car ils la soupçonnaient d'homicide. Ce n'est qu'ensuite qu'ils l'ont conduite à l'hôpital, où elle a pu recevoir les soins d'urgence dont elle avait besoin.

Au Salvador, les femmes qui font une fausse couche ou qui accouchent d'un enfant mort-né sont souvent soupçonnées d'avoir «avorté». L'avortement est un crime en toutes circonstances, même en cas de viol ou d'inceste, ou lorsque la vie de la femme est en danger. De ce fait, les femmes craignent de demander de l'aide lorsqu'elles ont des problèmes pendant leur grossesse, ce qui entraîne inévitablement un certain nombre de décès qui pourraient être évités.

Le procès de Teodora del Carmen Vásquez a été entaché de graves irrégularités. Comme dans tous les cas semblables au Salvador, elle a été présumée coupable et, étant issue d'une famille pauvre, elle n'avait pas les moyens de se faire représenter par une équipe juridique efficace. Elle a été emprisonnée alors que son fils avait 3 ans. Âgé maintenant de 11 ans, il vit à la charge des parents de Teodora. En raison de moyens financiers extrêmement limités, la famille de Teodora peut rarement lui rendre visite en prison et Teodora n'a ainsi plus revu son fils depuis plus d'une année.

Dans le cadre du Marathon des lettres 2015, Amnesty International appelle le ministre de la Justice du Salvador à faire libérer sans délai Teodora del Carmen Vásquez et à réexaminer immédiatement et de façon impartiale les peines de toutes les femmes qui sont toujours derrière les barreaux pour des faits relatifs à une grossesse.