L’organisation a enquêté sur trois frappes ayant détruit des habitations civiles à al Thakana (district de Tyr), Irkay (district de Saïda) et al Rahbat (district de Nabatiyé). Parmi les victimes figuraient 12 enfants âgés de cinq à 16 ans, six femmes – dont une femme enceinte – et six hommes. Au moins 18 autres personnes ont été blessées.
Les éléments recueillis par Amnesty International indiquent que les forces israéliennes ont vraisemblablement violé le droit international humanitaire en ne distinguant pas les civil·e·s des objectifs militaires, en attaquant des biens de caractère civil ou en ne prenant pas toutes les précautions possibles pour protéger la population civile.
« En l’espace d’une semaine seulement, l’armée israélienne a anéanti des familles entières, dont une douzaine d’enfants, au Liban, faisant preuve d’un mépris flagrant pour la vie des civil·e·s. Combien d’autres familles devront encore extraire les restes de leurs enfants des décombres avant que ce cycle dévastateur de crimes de guerre ne prenne fin ? », a déclaré Kristine Beckerle, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.
« Les États doivent immédiatement imposer un embargo complet sur les armes contre Israël et enquêter sur les responsables présumés au moyen de la compétence universelle. Les autorités libanaises doivent également permettre à la Cour pénale internationale d’exercer sa compétence sur les crimes commis sur leur territoire. »
Amnesty International craint par ailleurs que le plus récent accord entre Israël et le Liban, négocié par les États-Unis, ne constitue un nouvel obstacle à la justice et ne prive les victimes de toute possibilité d’obtenir réparation. L’organisation appelle les autorités libanaises à soutenir les mécanismes internationaux de justice et à ouvrir des enquêtes nationales crédibles et indépendantes sur les crimes relevant du droit international.
Entre le 2 mars et le 29 juin 2026, 4 257 personnes ont été tuées au Liban, dont plus de 250 enfants, selon les autorités libanaises. Dans le cadre de cette enquête, Amnesty International a interrogé 15 personnes, notamment des survivant·e·s, des proches de victimes, des secouristes, des journalistes et des responsables locaux. Son Laboratoire de preuves a analysé des images satellite ainsi que des photos et vidéos des lieux. L’organisation a également examiné les réseaux sociaux israéliens et libanais et demandé des informations aux autorités israéliennes sur les attaques étudiées.
«Il ne restait plus aucune trace de la maison (...) J’ai passé trois jours à rassembler ces morceaux.»
Unique survivant de l'attaque qui a visé la maison de sa famille à Al Thakana
Trois attaques contre des habitations civiles
Al Thakana (6 mars)
Une frappe a détruit la maison de la famille Saleh et tué huit civil·e·s, dont trois enfants et une femme enceinte. Aucun avertissement spécifique n’avait été adressé aux habitant·e·s. Unique survivant de sa famille proche, Hussein Saleh a déclaré : « Il ne restait plus aucune trace de la maison (...) J’ai passé trois jours à rassembler ces morceaux (...) Sara, ma fille, était tout pour moi. »
La veille, l’armée israélienne avait émis des ordres d’évacuation visant une grande partie de la population du sud du Liban. Amnesty International souligne toutefois que de tels ordres, lorsqu’ils ne précisent pas clairement les zones concernées, les itinéraires sûrs ou les conditions de sécurité, ne constituent pas des avertissements efficaces et ne dispensent pas les parties au conflit de leurs obligations au regard du droit international humanitaire.
Les recherches d’Amnesty International n’ont révélé aucun élément attestant la présence d’un objectif militaire dans la zone. L’organisation estime avoir des motifs raisonnables de conclure que cette frappe constituait soit une attaque directe contre des civil·e·s ou un bien civil, soit une attaque menée sans discernement.
Irkay (12 mars)
Une frappe a détruit la maison de la famille Taqi et endommagé une habitation voisine. Neuf civil·e·s ont été tués, dont cinq enfants.
Mohamad Taqi a perdu ses quatre filles âgées de six à 14 ans. « Quand j’ai pu me relever, j’ai commencé à chercher les filles et mes parents (...) Les secouristes ont plus tard retrouvé des restes de leurs corps et les ont rassemblés. »
Après l’attaque, l’armée israélienne a affirmé avoir visé des « agents terroristes du Hezbollah », sans fournir d’éléments à l’appui de cette affirmation. Amnesty International n’a trouvé aucun élément attestant la présence d’une cible militaire au moment de la frappe.
Al Rahbat (13 mars)
Une frappe a détruit une maison familiale et tué sept civil·e·s, dont quatre enfants.
Selon Tahiya Basma : « Une famille entière a disparu, comme si elle n’avait jamais existé. »
L’organisation n’a pas trouvé d’éléments montrant la présence d’objectifs militaires dans la zone visée. Toutes les personnes interrogées, y compris les responsables locaux, ont indiqué que les victimes étaient des civil·e·s.
«Quand j’ai pu me relever, j’ai commencé à chercher les filles et mes parents (...) Les secouristes ont plus tard retrouvé des restes de leurs corps et les ont rassemblés.»
Survivant d'une attaque à Irkay
Des attaques qui doivent être examinées pour crimes de guerre
Dans les trois cas, Amnesty International estime disposer de motifs raisonnables de conclure que les frappes constituaient soit des attaques directes contre des civil·e·s ou des biens civils, soit des attaques menées sans discernement. Elles doivent donc faire l’objet d’enquêtes pour crimes de guerre.
Amnesty International a demandé des explications aux autorités israéliennes concernant ces attaques. Dans leur réponse, celles-ci ont indiqué avoir examiné les allégations et affirmé être déterminées à réduire les dommages causés aux civil·e·s, mais n’ont fourni aucune information spécifique sur les cibles visées dans ces trois frappes.
« Ces trois attaques dévastatrices s’inscrivent dans un schéma bien établi d’attaques illégales menées par Israël au Liban, dans un contexte d’absence totale d’obligation de rendre des comptes », a déclaré Kristine Beckerle. « L’impunité persistante dont bénéficient ces attaques illégales risque de normaliser des violations graves du droit international humanitaire et prive les victimes de toute perspective de justice ou de réparation. »
Complément d’information
Le 8 octobre 2023, le Hezbollah a tiré des roquettes sur Israël, ce qui a été suivi d’opérations aériennes et terrestres israéliennes au Liban. Les hostilités se sont considérablement intensifiées en septembre 2024. Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 27 novembre 2024, mais Israël a continué à mener des attaques quasi quotidiennes dans le sud du Liban et à y détruire des biens de caractère civil.
Le 2 mars 2026, le Hezbollah a repris ses attaques à la suite d’une frappe américano-israélienne en Iran. Israël a riposté par une vague d’attaques à travers tout le Liban. Les hostilités se sont poursuivies malgré plusieurs annonces relatives à un cessez-le-feu.
Entre le 2 mars et le 29 juin 2026, selon les autorités libanaises, 4 257 personnes ont été tuées au Liban, dont plus de 250 enfants. Selon des informations relayées par les médias israéliens, au moins deux civil·e·s ont été tués en Israël et au moins 39 soldats israéliens ont été tués dans le sud du Liban.
Depuis octobre 2023, Amnesty International a documenté de nombreuses attaques israéliennes illégales au Liban ayant causé la mort de civil·e·s, de journalistes et de professionnel·le·s de santé, ainsi que la destruction ou l’endommagement de biens de caractère civil. L’organisation a également alerté à plusieurs reprises sur le fait que l’impunité persistante pour ces violations encourage la répétition d’attaques illégales.
Amnesty International a également enquêté sur des tirs illégaux de roquettes non guidées menés par le Hezbollah contre des zones civiles en Israël, qui ont fait des morts et des blessés parmi la population civile, provoqué des destructions de logements et entraîné le déplacement de civil·e·s.